En 2002, la Coupe du monde de football s’aventure en Asie pour la première fois de son histoire. Jusque-là, elle avait toujours été «confisquée» par les pays des continents européen et américain, qui avaient compris quelle manne financière elle représentait. Autre originalité de ce 17e Mondial, la Corée du Sud et le Japon sont les premiers à coorganiser l’événement, un défi qu’ils se sont appliqués à relever de leur mieux, malgré leurs rancœurs séculaires et l’effort économique qu’implique la mise en œuvre de cette compétition de portée planétaire. L’Asie aura à cœur de relever le défi, même si son football est encore loin d’avoir atteint le niveau des Européens, des Latino-Américains ou même des Africains. Elle espère que ses joueurs seront portés par un ingrédient qui n’a jamais fait défaut au Mondial en plus de 70 années d’existence : la passion intacte que suscite le sport le plus populaire du monde. Que de changements ! Et pourtant, tout a bien changé depuis la première Coupe du monde, en 1930 en Uruguay, organisée à l’initiative de Jules Rimet, alors président de la Fédération internationale (Fifa) et de la Fédération française de football, et Henri Delaunay, secrétaire général de la FFF. Créé en 1928, le championnat du monde de football, dont l’idée est née en 1904 à Paris et qui deviendra très vite Coupe du monde, sera disputé tous les quatre ans, à mi-chemin des olympiades d’été. Depuis cette époque, le nombre de participants (32 depuis 1998 au lieu de 13 en 1930), les systèmes de jeu (du «préhistorique» 1-10 au 4-2-3-1 en passant par le WM, le catenaccio, le 4-2-4 et le 4-3-3), l’équipement, la couverture médiatique et même la tenue et le ballon ont fortement évolué. Jusqu’au trophée décerné au vainqueur. Un « Mundial » 1970 somptueux Certaines Coupes du monde furent somptueuses, comme le «Mundial» mexicain de 1970 gagné par le Brésil du roi Pelé, au sommet de son art, entouré d’une constellation d’artistes, Carlos Alberto, Jaïrzinho, Gerson, Tostao et Rivelino, entre autres. D’autres furent décevantes, comme le «Mondiale» italien de 1990, ultradéfensif et violent. Il y en eut de prolifiques, comme celle de 1954 en Suisse, avec sa moyenne de 5,38 buts par match. Certaines furent politisées comme celle de 1934, organisée dans l’Italie fasciste de Mussolini. Il y eut des surprises énormes, comme la défaite du Brésil devant l’Uruguay lors de la «finale» en 1950, ou celles de la Hongrie de Ferenc Puskas face à la RFA en 1954 et de l’Italie devant la Corée du Nord en 1966. Buts irréels et matches de folie Il y eut des buts irréels, comme celui inscrit par Diego Maradona contre l’Angleterre en 1986 après avoir passé en revue cinq adversaires. Moins glorieux, il y eut celui inscrit de la main par l’Argentin dans cette rencontre, qui restera dans les mémoires comme une tache indélébile sur la carrière de ce joueur d’exception. Il y eut des matches de folie, comme cette demi-finale Italie-RFA en 1970 (4-3 après prolongation), peut-être le plus beau de l’histoire. Il y eut des équipes de rêve, comme le Brésil de 1958 et de 1970, ou la RFA de 1974. Il y eut des équipes maudites, comme les Pays-Bas de Johan Cruyff et de l’Ajax d’Amsterdam en 1974 ou la France de Michel Platini en 1982, victimes de la RFA dans les deux cas, en finale et en demi-finale respectivement. Héros et antihéros Il y eut des héros : Puskas, Garrincha, Eusebio, Bobby Charlton, Pelé, Franz Beckenbauer (qui joua la demi-finale de 1970 avec une épaule luxée et bandée), Maradona... Des canonniers d’exception : Just Fontaine et ses 13 buts de 1958, Gerd Mueller (14 entre 1970 et 1974), Oleg Salenko (5 contre le Cameroun en 1994). Des buts controversés, comme le deuxième de l’Anglais Geoff Hurst, en prolongation, lors de la finale 1966 contre la RFA. Trente-six ans après, certains continuent d’affirmer que le ballon avait bien franchi la ligne en entier. Il y eut des antihéros. Maradona, toujours lui, exclu du Mondial 1994 pour contrôle antidopage positif à l’éphédrine. Le Bulgare Jetchev et le Portugais Morais, «casseurs» de Pelé au Mondial 1966. Comme dans toute aventure humaine, il y eut des joies. Des drames. Des larmes. Autant d’épisodes qui ont fait du Mondial un événement de portée planétaire : ce sont plus de 40 milliards de téléspectateurs, en audience cumulée, qui ont suivi l’édition précédente en France, en 1998. Un chiffre qui donne une idée de l’enjeu économique que représente désormais cette manifestation. Il aura fallu près de trois quarts de siècle pour que la Coupe du monde s’invite enfin en Asie. Reste à souhaiter que cette première tardive soit une fête sans hooligans ni violence – France 98 a laissé des cicatrices profondes –, mais avec du beau jeu et des buts. Beaucoup de buts...
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