L’odeur de la mort a cessé de flotter sur le camp de réfugiés de Jénine. Mais les habitants restaient hier figés dans leur désespoir tandis que s’activaient, parfois dans la confusion, les équipes internationales d’assistance humanitaire. Avant l’arrivée de la mission de l’Onu chargée de faire la lumière sur les destructions du camp par l’armée israélienne, peu de réfugiés se font d’illusions sur son pouvoir. «Les Nations unies sont les États-Unis, et les États-Unis sont derrière Israël», analyse, fataliste, Mohammed Sleit, 32 ans. Il ne sait pas encore que l’État hébreu vient de réclamer le report de la venue de la mission onusienne. «Il y a déjà eu des massacres de Palestiniens, comme à Sabra et à Chatila (Liban, 1982), et personne n’a jamais été puni. Je n’attends donc rien de cette mission», renchérit Mohammed al-Hindi. L’homme est assis sur les restes de ce qui fut sa maison, au pied de drapeaux palestiniens et des différents mouvements radicaux, plantés comme autant d’étendards de la révolte promise. Moanes Hassan, jeune employé dans les télécoms, pense aussi que «les choses sont biaisées d’avance». «Israël s’est opposé à la composition de la mission de l’Onu pour empêcher le monde de voir le massacre», souligne-t-il. «De toute façon, il va d’abord falloir nous remettre psychologiquement de tout cela et personne ne peut rien pour nous, excepté nous-mêmes», ajoute-t-il. Le « Ground Zero »… Autour des décombres du camp, dont un hectare a été complètement rasé sous les bombardements et par les bulldozers israéliens entre les 3 et 12 avril, des habitants continuent de fouiller. À la main, à la masse, parfois avec l’aide d’un trop rare engin de chantier. Pas dans l’espoir de retrouver des survivants. Il n’y en a plus, selon les secouristes. Quelque 52 corps ont déjà été exhumés, d’après les statistiques de l’Unrwa, l’agence des Nations unies qui administre le camp. Aidés par leurs proches, les habitants tentent de récupérer quelques-uns de leurs biens, bijoux et argent en priorité. «Je suis à la recherche d’une partie de ma vie», répète sans cesse un homme. Mais à certains endroits de ce que certains appellent déjà le «Ground Zero», il y a jusqu’à sept mètres de gravats empilés. Restent les maisons encore «debout», situées autour de l’épicentre du «séisme». Des étais ont bien été posés en vitesse pour soutenir des murs, mais ils restent bien instables. Selon l’Unrwa, 185 maisons ont été complètement détruites et près d’une centaine sont «bonnes à démolir». Encore faut-il savoir qui va le faire. En attendant, des spécialistes se succèdent pour faire des inspections. Après les Britanniques, une équipe française a entamé la sienne jeudi. Avec une bombe de peinture rouge, elle marque les maisons jugées dangereuses, dont elle barre timidement l’entrée avec du ruban rouge. Pas suffisant pour empêcher des enfants d’y revenir, même pour jouer. L’autre souci de l’aide internationale, qui semble faire face aux besoins en eau et nourriture, est le danger des objets de guerre non explosés. L’Unicef prépare une campagne d’affichage pour sensibiliser la population, notamment les enfants. Des messages en ce sens sont déjà relayés par les mosquées et la radio locale. Selon des sources médicales, quatorze personnes ont déjà été blessées par l’explosion de ces engins, israéliens ou palestiniens. Parmi eux, il y avait six enfants, dont l’un est mort.
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