L’exception de Chebaa. La libanité de cette enclave occupée par Israël est contestée. Le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, demande néanmoins qu’elle soit acceptée comme lice réservée d’affrontement, au titre du droit à la libération par les armes. Les États-Unis, l’Union européenne et l’Onu s’y opposent. Pour les raisons suivantes : – Quand la violence se déclenche, on sait comment elle commence, mais on ne sait pas où elle finit. Ainsi rien ne garantit que la confrontation reste limitée à Chebaa. Et au cadre des anciens accords d’avril, qui prohibaient les atteintes aux civils, objectifs compris, entendre les installations publiques. – Dans la même logique, s’il y a des tués, de part ou d’autre, il deviendrait quasi impossible de réfréner les ripostes, d’éviter leur extension à l’ensemble de la ligne bleue qui en deviendrait rouge sang. – En tout cas, les échanges de tirs entre Israël et la résistance à Chebaa sont en soi une violation de la ligne bleue. Et constituent un blanc-seing à l’action d’éléments dits incontrôlés qui pourraient agir ailleurs, entraînant une dégradation généralisée dont le Liban lui-même paierait le prix. – Juridiquement, Chebaa n’est pas libanaise. En effet, le Liban et la Syrie n’ont pas effectué les formalités d’homologation requises auprès de l’Onu. L’enclave, considérée comme syrienne, se trouve donc soumise à la 242, non à la 425 dont l’application ne peut pas, dès lors, être taxée d’incomplète. – Partant de ces considérations, les attaques dans les hameaux de Chebaa constituent une infraction aux accords de désengagement conclu en 1974, aux termes de la 242, par la Syrie et Israël au sujet du Golan. Territoire syrien où la résistance libanaise n’est évidemment pas en droit d’intervenir. Cette position internationale avait été clairement définie en début d’année par M. Roed-Larsen. À l’issue d’entretiens avec les autorités libanaises, l’émissaire onusien avait rappelé en substance que «le Conseil de sécurité a confirmé que les hameaux de Chebaa constituent un territoire syrien occupé. Quiconque respecte la légalité internationale et les résolutions du Conseil ne peut prétendre autre chose. Selon les documents des Nations unies, ces hameaux sont toujours une terre syrienne. Si la Syrie a notifié le Liban qu’il s’agit d’une terre libanaise, elle n’en a pas fait de même avec l’Onu. Qui attend l’établissement d’un tracé des frontières, la signature commune par les deux pays d’une carte certifiée qui lui serait adressée officiellement. Cela n’a pas été fait jusqu’à présent». Dans les faits du présent, Israël n’opère pas de distinction dans ses ripostes entre les Palestiniens d’ici qui tirent des roquettes sur la Galilée pour venger leurs frères des Territoires et les actions de libération menées par des parties libanaises. Dès lors, toute la région frontalière se trouve exposée à un risque élevé d’escalade et d’explosion. La Palestine officielle dénonce par la bouche de M. Farouk Kaddoumi la dérive des tireurs palestiniens de katiouchas. Mais cela ne peut évidemment pas suffire pour empêcher la violence de s’étendre. Aussi le président de la délégation européenne souligne-t-il en substance qu’il faut de tous côtés «exercer un degré maximal de retenue, le moment n’étant pas de jeter de l’huile sur un feu qui peut embraser toute la région». Il ajoute que l’Onu n’approuve pas la position du Liban concernant Chebaa et précise que l’Europe se tient, dans cette affaire, aux côtés de la légalité internationale. La question qui se pose est de savoir si l’État libanais, qui n’a pas intérêt à l’escalade, peut garder Chebaa dans l’enceinte de son pouvoir de décision. L’État se prononce contre l’ouverture d’un front au sud. Tout en restant attaché à ses constantes, comme le souligne le chef de l’État M. Émile Lahoud. Qui réclame la libération des Libanais détenus en Israël, la récupération de Chebaa et la consécration du droit au retour en Palestine des réfugiés palestiniens. Émile KHOURY
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