Dans les rues en pente d’Hébron, la dernière grande ville de Cisjordanie avec Jéricho à ne pas avoir encore été réoccupée par les troupes de l’État juif, la peur d’une invasion israélienne était palpable vendredi. Après Naplouse, la ville palestinienne de Cisjordanie la plus peuplée, les habitants de cette grande cité qui abrite le tombeau d’Abraham redoutent que les chars et les véhicules blindés israéliens ne pénètrent jusqu’au cœur de leur agglomération. Dans les rares supermarchés ouverts en ce vendredi, jour de repos musulman, les pères de famille font des provisions et se hâtent de rentrer chez eux. Raef Zahded, 35 ans, un restaurateur rencontré en face de la mosquée al-Haras où les fidèles se pressent pour la prière de la mi-journée, ne fait pas mystère de ses inquiétudes. «Je m’attends à l’arrivée des chars d’une minute à l’autre et j’ai peur, dit-il. Je suis effrayé après avoir vu à la télévision tout ce que les Israéliens ont fait dans les autres villes de Cisjordanie. Moi-même, je ne suis pas tranquille chaque fois que je quitte la maison». «J’ai acheté de la nourriture pour quatre ou cinq jours mais la situation est difficile car depuis une semaine il n’y a plus d’eau courante. Nous utilisons l’eau d’un puits que j’ai creusé et l’eau de pluie», poursuit-il. En des termes quasi identiques, Fouad Shawa, 25 ans, qui travaille à l’université, explique : «Je m’attends à voir les Israéliens ici dans les prochains jours lorsqu’ils en auront fini à Naplouse. Ils ont commencé à Ramallah puis (ont continué à) Naplouse. Quand ils en auront terminé avec Naplouse, ils s’attaqueront à nous. Ils entreront à Hébron. Cela ne sera pas trop difficile car ils sont déjà tout autour de la ville et au centre-ville». De fait, Hébron, à la différence des autres grandes villes palestiniennes de Cisjordanie, n’est pas homogène, sa population n’est pas qu’arabe. Elle est divisée en deux secteurs, l’un contrôlé par l’Autorité palestinienne, et l’autre où vivent près de quarante mille Palestiniens et environ quatre cents colons juifs extrémistes, proches du mouvement antiarabe Kach. Ces colons, qu’on peut voir circulant dans les ruelles du centre proches du bâtiment rectangulaire abritant le tombeau des Patriarches, sont fortement gardés par l’armée israélienne. Tout autour de leurs habitations, près du souk, le vieux marché arabe, des soldats casqués montent la garde. Les colons eux-mêmes sont armés de fusils M-16 et surveillent les alentours depuis les postes d’observation installés sur les toits. «La situation est très mauvaise depuis quelques jours. S’il n’y a pas de solution politique, cela va empirer. Les soldats nous empêchent de faire sécher notre linge sur le toit et nous contrôlent de jour comme de nuit, c’est de plus en plus grave», estime Mustapha Badr, 48 ans, qui vit à proximité immédiate des colons juifs. Au moment où il parle, de fortes déflagrations font trembler les vitres. Deux hélicoptères Apache israéliens ont fait feu sur une voiture palestinienne non loin du centre-ville, faisant onze blessés.
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