Des élections en série en Europe centrale favorisent une montée préoccupante du nationalisme en Hongrie, en République tchèque et en Slovaquie, alors qu’elles se préparent à adhérer à l’Union européenne. La Hongrie ouvre le feu avec des élections législatives dont le premier tour se tiendra dimanche. Les Tchèques sont appelés aux urnes en juin et des élections sont prévues en Slovaquie pour septembre. Le scrutin slovaque sera le plus surveillé à Bruxelles, l’éventuel retour politique d’un ancien Premier ministre autoritaire, Vladimir Meciar, pouvant même anéantir les espoirs de Bratislava d’intégrer rapidement l’UE et l’Otan. Mais les élections hongroises et tchèques font aussi l’objet d’inquiétudes. «Il y a une crainte de résurgence du nationalisme dans toute l’Europe centrale», a estimé un diplomate basé à Budapest. En Hongrie, les sondages prévoient un résultat serré entre le Premier ministre conservateur Viktor Orban et les socialistes dans l’opposition. Les détracteurs de M. Orban lui reprochent de jouer ouvertement la carte nationaliste notamment avec une loi entrée en vigueur cette année qui accorde des avantages à quelque 3,5 millions de Hongrois de souche qui se sont retrouvés citoyens des pays voisins, après la signature du Traité de Trianon de 1920 qui a amputé la Hongrie des deux tiers de son territoire. L’inquiétude repose aussi sur le risque de voir M. Orban, si nécessaire, passer un accord de partage du pouvoir avec le parti d’extrême droite «Justice et Vie» (MIEP), dont le leader, Istvan Czurka, est ouvertement antisémite. À Prague, les nationalistes ont également le vent en poupe bien que l’issue des élections de juin soit encore imprévisible. Le social-démocrate Milos Zeman dirige depuis 1998 un gouvernement minoritaire avec le soutien tacite du Parti démocratique civique (ODS, conservateur) de l’ancien Premier ministre Vaclav Klaus. Ce dernier avait été obligé de démissionner en 1997 à la suite d’une affaire de corruption. Actuellement les sondages pronostiquent une mince victoire du ODS, qui recueille 24 à 27 % des intentions de vote contre 21 % pour les sociaux-démocrates. Mais les deux partis se sont emparés d’un sujet qui a suscité des controverses avec les voisins de Prague : les «décrets Benes» sur la base desquels quelque 3 millions d’Allemands de souche ont été expulsés de Tchécoslovaquie après la Deuxième Guerre mondiale. «Les hommes politiques tchèques tentent de courtiser l’électorat dont 70 % à 80 % estiment qu’il ne faut pas toucher aux décrets Benes», a déclaré l’analyste Jiri Pehe, de la branche pragoise de New York University (une des plus grosses universités privées des États-Unis). M. Klaus est particulièrement critiqué. «Il fera tout pour recouvrer le pouvoir. Et il est venu à la conclusion que les passions nationalistes sont dans certaines circonstances un très bon moyen pour séduire des électeurs», a déclaré M. Pehe. La Slovaquie apparaît toutefois comme la principale source d’inquiétude dans la région. L’ancien Premier ministre Vladimir Meciar, tenu pour responsable du retard de la Slovaquie à se rapprocher de l’Union européenne et de l’Otan lorsqu’il était au pouvoir, est en bonne position dans les sondages pour les élections de septembre. Son parti HZDS (Mouvement pour une Slovaquie démocratique) est la plus grande formation du pays et la coalition du Premier ministre au pouvoir, Mikulas Dzurinda, a du mal à l’écarter du pouvoir. Les gouvernements étrangers préviennent qu’un retour au pouvoir de M. Meciar mettrait sérieusement en difficulté l’avenir de Bratislava. «Tout nouveau gouvernement dont le HZDS ferait partie saperait sérieusement les chances de la Slovaquie d’intégrer l’Otan», a déclaré un diplomate occidental à Bratislava. «L’Europe centrale redevient un ensemble, une famille. Mais des horreurs s’y sont déroulées au cours des derniers siècles et des hommes politiques ont découvert qu’ils peuvent les exploiter à leurs fins», a conclu M. Pehe.
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