Au moment où les Malouines se préparent à commémorer le 20e anniversaire de la guerre qui les a rendu célèbres, la figure la plus déterminante du conflit sera absente des cérémonies : Margaret Thatcher, Premier ministre britannique en 1982. La «Dame de Fer», qui avait décidé sans hésitation d’envoyer la flotte britannique bouter les forces argentines hors de cet archipel de l’Atlantique Sud, a renoncé cette année à s’y rendre pour raisons de santé. Ironie de l’histoire, c’est lorsque son pays s’apprête à célébrer l’un de ses plus grands triomphes que Mme Thatcher, 76 ans, a mis fin, la semaine dernière, à sa vie publique après plusieurs attaques cérébrales. La «Dame de Fer» reconnaîtrait elle-même que la «guerre courte et victorieuse» menée contre l’Argentine a changé les destinées d’un pays et d’un gouvernement qui étaient, en 1982, l’un et l’autre en déclin. «Nous savions ce que nous avions à faire et nous l’avons fait», triomphait Mme Thatcher au lendemain de la reddition des Argentins, le 14 juin 1982. «La Grande-Bretagne est à nouveau grande». Quelques semaines plus tôt, frappé par un chômage grandissant, menacé par la récession, le pays n’était pas aussi sûr de lui et le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher était impopulaire. Mais dès que les forces argentines prenaient pied sur l’archipel, le 2 avril, et évinçaient le gouverneur britannique de Port Stanley, Mme Thatcher faisait preuve d’une détermination sans faille, rappelant la fermeté de Winston Churchill pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle parvenait à souder son pays derrière elle, même si les Malouines étaient lointaines et peu peuplées, même si les droits de la Grande-Bretagne sur ce territoire étaient historiquement discutables. La droite appréciait qu’elle défende les intérêts de quelque 2 000 insulaires se considérant farouchement britanniques. La gauche, même à contrecœur, n’était pas mécontente de voir ébranlée la junte militaire de Buenos Aires. «Cela a complètement transformé sa réputation et celle de la Grande-Bretagne sur la scène internationale en montrant que nous n’allions pas nous laisser marcher sur les pieds», analyse Alan Sked, professeur d’histoire à la London School of Economics. Mme Thatcher «était identifiée personnellement à la guerre. C’était sa guerre et elle l’a remportée», a-t-il expliqué. Si elle avait évité ou perdu le conflit, elle aurait probablement été battue aux législatives de 1983. La politique et l’histoire moderne de la Grande-Bretagne en auraient été changées. «Cette action déterminée et le succès total pour un coût aussi faible ont été un élément essentiel pour l’aider à remporter l’élection suivante», a expliqué Robin Clifton, professeur d’histoire à Warwick University. «Margaret Thatcher avait décidé dès le début que la seule façon de regagner notre honneur et notre prestige était d’infliger une défaite militaire à l’Argentine», rappelle le ministre de la Défense de l’époque, John Nott. La guerre éclair connut tout de même quelques accrocs. Margaret Thatcher apparut prématurément triomphale quand elle appela la nation à se réjouir après la prise de la Géorgie du Sud, alors que la bataille n’avait pas commencé sur les Malouines elles-mêmes. Elle a également été critiquée pour avoir ordonné de couler le croiseur argentin General Belgrano, qui s’éloignait de l’archipel et ne constituait pas une menace. Au total, les pertes britanniques furent limitées à 255 hommes et cinq navires. Cette guerre improbable fut gagnée en moins de trois mois. «Ce fut une petite guerre plutôt efficace. “Maggie” en est sortie en grande héroïne nationale. Et lorsque, en tant que Premier ministre, vous avez fait la guerre, les gens vous voient différemment. On vous prend au sérieux», conclut Alan Sked.
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