L’Irlandaise Mary Robinson, haut-commissaire de l’Onu aux droits de l’homme depuis 1997, aura mené avec courage durant cinq ans une inlassable croisade pour les droits des opprimés, marquée par de fermes avertissements qui ont parfois irrité les puissants, de la Russie à la Chine et aux États-Unis. «Je sais que ma voix a pu paraître parfois gênante», a-t-elle reconnu en annonçant lundi à l’ouverture de la Commission des droits de l’homme qu’elle ne briguerait pas un nouveau mandat en septembre. L’ancienne présidente de la République irlandaise, âgée de 57 ans, a aussi confié ce que lui avait conseillé le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, lors de sa nomination : «Restez une outsider à l’intérieur des Nations unies». Un conseil qui convient bien à son tempérament indépendant et que «son oreille intérieure» a toujours suivi, a-t-elle dit. Même si elle a dû parfois apprendre à composer, y compris avec l’opinion publique, et si son langage est devenu plus diplomatique, décevant certains de ses admirateurs. Son entourage insiste cependant : «Devant ses interlocuteurs, Mary Robinson a toujours dit ce qu’elle pense, sans jamais se laisser marcher sur les pieds». Quand l’an dernier, elle avait annoncé à l’ouverture de la commission son intention de se retirer, Kofi Annan et de nombreuses voix dans le monde entier l’avaient poussée à reprendre sa démission. Elle avait alors consacré toutes ses forces et sa passion à la conférence mondiale contre le racisme en septembre à Durban. L’avocate, ayant combattu pour la réconciliation entre catholiques et protestants en Irlande, a été affectée par la virulence des débats et les difficultés de cette conférence. Mais, lundi encore, elle insistait sur le fait que le compromis adopté à Durban restait un programme indispensable à accomplir. « Je suis juive » Elle ne devait pas seulement être confrontée au défi de Durban. «Je n’aurais jamais imaginé ce qui allait arriver : les événements du 11 septembre, que j’ai qualifiés de crime contre l’humanité, ont eu un profond impact (...) sur le travail de mon commissariat», a-t-elle dit. Face à la nécessaire lutte internationale contre le terrorisme, elle a exhorté les États-Unis et leurs alliés à ne pas instaurer des procédures d’exception – en matière d’arrestations, d’emprisonnement, de jugement – contraires aux droits de l’homme. Les Russes et les Chinois ont dénoncé son harcèlement, quand elle a fermement dénoncé les «opérations de nettoyage» de l’armée russe en Tchétchénie ou les violations des droits de l’homme en Chine. Malgré certains progrès, ses dénonciations n’ont cependant pas suffi à faire changer fondamentalement de cap Pékin, ni Moscou. Dans le conflit israélo-arabe, elle a tancé les deux parties, les appelant sans cesse à la retenue et au dialogue. Si, au milieu de la conférence de Durban, elle a lancé «je suis juive», c’était par exaspération à l’égard des caricatures d’ONG radicales anti-israéliennes, dans lesquelles elle sentait le retour de l’antisémitisme. Avant d’accéder à un des postes dominants de l’Onu, cette catholique irlandaise, mariée à un protestant, féministe, avait été présidente de l’Irlande durant sept ans, refusant d’inaugurer les chrysanthèmes, et sortant son pays en pleine mutation économique de sa discrétion. Elle avait notamment serré la main en 1993 avec Gerry Adams, le leader du Sinn Fein, l’aile politique de l’IRA, un geste controversé. Elle avait multiplié des voyages dans le monde, se rendant en 1992 en Somalie en pleine famine, puis au Rwanda avant et après le génocide de 1994. Après son retrait de la commission, Mme Robinson devrait rester engagée dans le combat pour les droits de l’homme, bien qu’elle n’ait pas révélé ses projets. Elle avait déjà confié qu’elle pourrait faire davantage, hors des contraintes de sa fonction et des restrictions du budget de l’Onu.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Irlandaise Mary Robinson, haut-commissaire de l’Onu aux droits de l’homme depuis 1997, aura mené avec courage durant cinq ans une inlassable croisade pour les droits des opprimés, marquée par de fermes avertissements qui ont parfois irrité les puissants, de la Russie à la Chine et aux États-Unis. «Je sais que ma voix a pu paraître parfois gênante», a-t-elle reconnu en annonçant lundi à l’ouverture de la Commission des droits de l’homme qu’elle ne briguerait pas un nouveau mandat en septembre. L’ancienne présidente de la République irlandaise, âgée de 57 ans, a aussi confié ce que lui avait conseillé le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, lors de sa nomination : «Restez une outsider à l’intérieur des Nations unies». Un conseil qui convient bien à son tempérament indépendant et que...