Onze personnes ont été sauvées de la noyade, mais une cinquantaine d’autres, dont des femmes et des enfants, étaient portées disparues hier après le naufrage la veille au large de la Sicile d’une embarcation avec 65 immigrés clandestins, selon les rescapés de cette tragédie. Deux d’entre eux affirment être originaires du Liberia. Alexander George Puble, 22 ans et Francis Amos, 21 ans, ont déclaré vendredi avoir embarqué il y a huit jours dans un port en Turquie et avoir payé le passage entre 4 et 5 000 dollars. «Nous étions très nombreux sur cette barque, avec des femmes et des enfants», a raconté à l’agence Ansa Alexander George Puble. Selon les témoignages des rescapés, au moins 65 personnes de plusieurs nationalités avaient pris place à bord, dont huit femmes et huit enfants. La tragédie s’est produite jeudi soir à une soixantaine de miles au sud de l’île de Lampedusa, territoire italien situé entre la Tunisie, la Sicile et Malte, sur une route maritime empruntée par de nombreux malheureux tentant de gagner clandestinement l’Italie. L’embarcation, une longue chaloupe en bois, avait été repérée à la nuit tombante par un bateau de pêche italien, l’Elide, alors qu’elle se trouvait en difficulté par une mer assez forte. Le patron de l’Elide, Vito Deodato, 35 ans, a aussitôt averti les autorités maritimes italiennes et a pris l’embarcation en remorque, mais une vague plus forte l’a retournée. «Ça a été une scène terrible. On entendait des appels désespérés, on voyait des bras tendus dans l’obscurité, mais on ne pouvait rien faire», a-t-il raconté dans sa déposition à la capitainerie de Lampedusa à son retour au port vendredi matin. «Nous avons immédiatement lancé à la mer nos gilets de sauvetage et tout ce qui pouvait flotter pour les aider à surnager», a-t-il précisé. L’équipage de l’Elide a pu sauver onze des naufragés et deux autres ont été secourus par un bâtiment de la marine italienne arrivé entre-temps sur les lieux. D’importants moyens ont été déployés pour tenter de retrouver des rescapés. Un patrouilleur avec un hélicoptère, une corvette, une vedette des garde-côtes de Lampedusa, un avion de surveillance et plusieurs bateaux de pêche participent aux recherches. Sept corps ont été retrouvés vendredi, mais les secours se sont dits pessimistes sur les chances de retrouver des survivants, car la mer est très mauvaise. Il y a sept ans, le 25 décembre 1996, 200 immigrés clandestins avaient péri noyés dans cette zone après le naufrage de leur bateau. Le gouvernement italien a fait de la lutte contre l’immigration clandestine une priorité. Les sanctions ont été renforcées contre les passeurs, qui risquent des peines de 5 à 15 ans de prison. La marine nationale a été associée au contrôle des quelque 7 600 km de côtes, avec l’autorisation d’aborder les navires suspects. L’Italie est considérée comme une plaque tournante de l’immigration clandestine et le gouvernement justifie ce renforcement de sa législation par la nécessité de stopper le flux croissant des débarquements. Plus de 20 000 clandestins ont ainsi débarqué l’an dernier en Italie, selon des chiffres fournis par un sous-secrétaire d’État à l’Intérieur, Alfredo Mantovano. Mais les contrôles et les sanctions ne parviennent pas à dissuader les candidats, originaires de nombreuses régions du monde, prêts à se jeter à la mer avec le risque de se noyer lorsque leur embarcation est arraisonnée.
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