Avec l’entrée massive de l’armée israélienne dans deux camps de réfugiés, une première depuis le début de l’intifada, le conflit est encore monté d’un cran, le gouvernement Sharon voulant montrer aux Palestiniens qu’aucune zone des territoires n’est à l’abri de ses représailles. «C’est une escalade, une de plus dans une longue série d’escalades», a commenté l’analyste israélien Joseph Alpher, qui a cité, parmi les paliers précédemment franchis par M. (Ariel) Sharon, l’utilisation d’avions de combat F-16, aujourd’hui monnaie courante. «Tactiquement, toutes ces escalades ont un sens, a-t-il affirmé, mais au niveau stratégique, à la fois sur les plans politique et militaire, cela n’en a pas, car cela ne traduit aucune stratégie qui soit en mesure de gagner le conflit ou de provoquer une reprise du processus de paix». Les Palestiniens ont quant à eux vu dans l’entrée de l’armée israélienne dans les camps de réfugiés de Naplouse et Jénine un rejet de facto par M. Sharon de l’initiative de paix saoudienne. Celle-ci fait miroiter à l’État hébreu une complète normalisation de ses relations avec le monde arabe en échange d’un retrait de tous les territoires arabes conquis lors de la guerre des Six-Jours de juin 1967. «C’est sa réponse à l’initiative saoudienne», a estimé Moustapha Barghouthi, une personnalité palestinienne indépendante basée à Ramallah. «Ne songez pas à la possibilité d’une résolution pacifique (du conflit) sur cette base» d’un échange de la terre contre la paix, car M. Sharon, a-t-il assuré, «ne veut céder aucun morceau des territoires occupés». L’État hébreu a justifié l’opération massive déclenchée dans la nuit de mercredi à jeudi contre le camp de Balata, près de Naplouse, qui était toujours partiellement occupé vendredi, et son incursion dans celui de Jénine en expliquant qu’il s’agissait de «nids de terroristes». «Les deux camps sont devenus des foyers d’attaque contre nous», a ainsi déclaré un porte-parole de l’armée, le lieutenant-colonel Olivier Rafowicz. Il a rappelé que de nombreux kamikazes auteurs d’attentats suicide en territoire israélien venaient de ces deux camps. «Le message de l’opération est très clair : aucun endroit n’est hors limite pour l’armée israélienne», a résumé le colonel Aviv Kochavi, qui commande l’opération à Balata. Ces deux camps sont en fait de véritables petites villes où quelque 20 000 personnes s’entassent dans un dédale de ruelles étroites propices aux embuscades. Pour cette raison, l’opération israélienne, baptisée Voyage pittoresque, constitue une opération à haut risque, l’analyste militaire du quotidien Yediot Aharonot, Alex Fishman, la décrivant même comme «la guerre en milieu urbain dans l’endroit le plus difficile au monde». Malgré les raisons mises en avant par l’armée et le gouvernement israéliens, une partie des commentateurs doutait de la justification de cette double opération. «C’est une bataille destinée à dire clairement à chaque Palestinien: je peux vous faire ce que je veux, quand je veux et où je veux», commentait M. Fishman. Mais, demandait-il, lorsque l’armée aura évacué ces deux camps, «y aura-t-il moins de kamikazes ? Moins d’attentats suicide ? La situation sera-t-elle calmée ?». Et de répondre aussitôt : «Que celui qui le croit soit béni». M. Alpher estime que l’opération a un autre but, celui de redorer le blason de l’armée, mis à mal par une série de revers retentissants, dont un raid palestinien contre un barrage en Cisjordanie qui avait coûté la vie à six soldats le 19 février. Après la mort de ces six soldats, «il était important d’envoyer un message dissuasif à l’égard des Palestiniens pour qu’ils ne s’imaginent pas que l’armée s’écroule, qu’Israël a perdu sa force et qu’ils peuvent intensifier le conflit militairement», explique-t-il. Mais pour M. Barghouthi, cette offensive israélienne aura pour conséquence inévitable de provoquer une riposte palestinienne, et c’est justement, selon lui, ce que cherche M. Sharon. «Il sait bien sûr que l’escalade conduira à une autre escalade», a-t-il déclaré.
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