La délégation française s’est à nouveau refusée hier à commenter le scandale impliquant une juge française accusée d’avoir faussé le résultat de l’épreuve de couples de patinage artistique des Jeux d’hiver de Salt Lake City. Les médias et l’opinion publique au Canada ont en revanche continué de crier à l’«injustice» tandis que la presse russe a critiqué une tentative des dirigeants sportifs et des médias nord-américains de mettre en doute la victoire russe. Le chef de la délégation française aux Jeux de Salt Lake City, Didier Gailhaguet, a démenti à l’AFP le sens des propos qui lui ont été attribués par la presse américaine et par lesquels il semblait reconnaître la responsabilité de Marie-Reine Le Gougne. «Je réfute totalement l’interprétation de certains propos qui me sont prêtés», a-t-il déclaré. La délégation a réitéré son refus de commenter pour l’heure les accusations portées contre la juge, suspectée d’avoir été au moins complice d’un arrangement avec ses collègues des pays est-européens ayant privé du titre les Canadiens Jamie Salé et David Pelletier au bénéfice de la paire russe Elena Berezhnaya et Anton Sikharulidze. Traîtresse Au Canada, le quotidien National Post a fait jeudi sa Une avec une photo de la juge française, Marie-Reine Le Gougne, traitée par une grande partie des médias canadiens de «traîtresse». Malgré l’appel interjeté par la Fédération canadienne et l’enquête demandée par la Fédération internationale de patinage (ISU), «rien ne changera», estime le journal. «Mlle Salé et M. Pelletier iront dans leur tombe avec une médaille d’argent» et «les juges continueront d’échanger des votes au profit des athlètes de leur propre pays». À Moscou, le Premier ministre canadien Jean Chrétien, interrogé par des journalistes, s’est dit lui aussi «extrêmement déçu des résultats», alors qu’il est en visite officielle en Russie, dont les champions ont ravi l’or aux Canadiens. Dans une caricature, le quotidien national Globe and Mail montrait mercredi les cinq juges (Russie, Chine, France, Pologne et Ukraine) ayant voté pour les Russes avec cette légende «les axels du diable», allusion aux pays désignés par les États-Unis comme formant «l’axe du diable». Hystérie Pour les médias russes, «l’affaire est close mais l’hystérie continue», titre Sport Express, le plus populaire quotidien sportif russe. «On se croirait revenu au temps de la guerre froide», écrivait récemment le journal. «Il est aisé d’impressionner le public avec des allégations n’étant fondées sur aucune preuve. Il est bien plus difficile d’impressionner les juges lorsqu’on est sur la glace». Pour sa part, la Française Sophie Moniotte, vice-championne du monde de danse sur glace en 1994 avec Pascal Lavanchy, a estimé hier que le patinage artistique était «aujourd’hui un sport gangrené». «Je ne suis pas du tout surprise, simplement déçue, a-t-elle déclaré dans un entretien à l’AFP. Je me rends compte que les choses ne vont pas en s’améliorant. Lorsque j’ai soulevé ce problème il y a trois ans (dans son livre Les patins de la colère) les gens au centre de cette polémique criaient au scandale. Marie-Reine Le Gougne, la juge française mise en cause à Salt Lake City, m’avait dit qu’elle trouvait scandaleux que des athlètes de haut niveau puissent dire qu’il y avait des magouilles». La petite histoire des J.O. d’hiver Cinq choses que vous ne savez peut-être pas sur les Jeux olympiques d’hiver : 1. L’Iran est représenté à Salt Lake City par deux athlètes – en ski alpin et en ski de fond. 2. Des épreuves officielles de patinage de vitesse ont eu lieu pour la première fois en 1863 à Oslo, en Norvège, et ce sport faisait partir de la compétition lors des premiers Jeux, en 1924. 3. La Grande-Bretagne n’a pas remporté de médaille d’or aux JO d’hiver depuis 1984 – il s’était agi alors de Jayne Torvill et de Christopher Dean en danse sur glace. 4. Les Jeux de Salt Lake City accueillent 78 pays, ce qui constitue une participation record. 5. En tout, quelque 22 000 bénévoles contribuent au déroulement de ces JO, à Salt Lake City et dans les environs.
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