Le dernier litige entre le président palestinien et le chef de la sécurité préventive en Cisjordanie, Jibril Rajoub, témoigne de l’existence d’une lutte de clans au sein de la direction de Yasser Arafat, au moment même où Israël veut mettre celui-ci sur la touche pour faire émerger de nouveaux dirigeants palestiniens, estiment des analystes. «Il est vrai qu’à ce stade, aucun dirigeant de l’entourage d’Arafat ne peut se mesurer à lui ou le défier. Mais il y a une sorte de guerre d’éliminations dans les coulisses», estime Ali Jarbaoui, professeur des sciences politiques à l’Université de Bir Zeit en Cisjordanie. Mardi, au cours d’un entretien «orageux» à Ramallah, le président palestinien a vivement sermonné le colonel Rajoub, lui reprochant de ne pas avoir empêché, la veille, la libération de dix-sept détenus de la prison de Hébron par quelque 300 Palestiniens, a indiqué un responsable palestinien. Ce même responsable a rappelé qu’«une crise avait déjà éclaté entre MM. Arafat et Rajoub il y a une dizaine de jours après le lynchage à mort de trois jeunes Palestiniens» par une foule en colère dans un tribunal de Jénine. M. Rajoub s’est empressé de démentir qu’un conflit l’oppose à M. Arafat. «Il n’y a pas de divergences entre M. Arafat et moi, car elles constitueraient une trahison alors que les chars israéliens sont postés à quelques dizaines de mètres des bureaux du président» palestinien, a-t-il dit. «Cette affaire est très certainement un signe de la contestation croissante qui se fait jour contre Yasser Arafat. Je pense que la direction palestinienne est consciente de la manière dont il se comporte, disant une chose un jour et son contraire le lendemain», estime un haut responsable israélien. Quand on lui demandait si la politique israélienne d’isolation du président Arafat portait ses fruits, ce même responsable répond : «Absolument. Il y a des tensions dans le camp palestinien ; au sommet, comme à la base, on réalise que son attitude ne mène nulle part». Selon les médias israéliens, M. Arafat aurait notamment reproché à M. Rajoub de chercher à le supplanter. «Il veut me remplacer», aurait crié le président palestinien en menaçant le colonel Rajoub de son revolver, a rapporté le quotidien Yediot Aharonot, citant des sources palestiniennes. Le conseiller de M. Arafat, Mamdouh Naoufal, a cependant tenu à minimiser ce différend, parlant de «simple mésentente». Un responsable du Fateh, le mouvement de M. Arafat a attribué pour sa part ce différend à «une lutte interne et à une campagne d’incitation contre Rajoub». Cette tension dans les relations entre M. Arafat et un de ses plus proches collaborateurs intervient alors que le Premier ministre israélien Ariel Sharon veut favoriser l’émergence de nouveaux dirigeants pour mettre M. Arafat sur la touche, même si les États-Unis ont fait savoir que M. Arafat restait, pour l’heure, un interlocuteur indispensable. Le ministre israélien de la Défense Binyamin Ben Eliezer a récemment cité les noms de quatre responsables palestiniens, dont celui du colonel Rajoub, avec qui, selon lui, les États-Unis devraient dialoguer, plutôt que de conserver M. Arafat comme unique interlocuteur. Le 30 janvier, M. Sharon, qui considère depuis quelques mois M. Arafat comme un «obstacle à la paix», avait rencontré trois hauts responsables palestiniens. Mais le chef de la diplomatie israélienne, Shimon Peres, avait douté qu’une direction palestinienne alternative supplante M. Arafat. «Lorsque Sharon rencontre des responsables palestiniens, il rencontre en fait des représentants d’Arafat. Ces responsables ne cherchent pas à remplacer Arafat, mais à changer sa stratégie», avait-il estimé.
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