Les républiques de l’ex-Yougoslavie affichaient hier des sentiments mêlés de satisfaction, de lassitude ou de colère à l’ouverture du procès de Slobodan Milosevic. À Sarajevo, les épouses et mères de victimes des tueries de Srebrenica (1995), l’une des pires atrocités commises en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ont eu la sensation pénible de revivre cette période en suivant à la télévision l’acte d’accusation dressé contre Milosevic. «Quelle ordure!», s’exclamaient-elles chaque fois que le visage de l’ex-président yougoslave apparaissait sur le petit écran. «Aucune sentence ne sera appropriée pour les crimes qu’il a commis. Rien ne pourra soulager notre tristesse», a dit Munira Subasic, présidente de l’association des femmes de Srebrenica, où près de 7 000 musulmans ont été massacrés par les forces serbes de Bosnie. Dans un communiqué de presse publié à Sarajevo, le haut représentant pour la Bosnie-Herzégovine, Wolfgang Petritsch, a souligné que le procès constituait «une occasion historique d’identifier ceux qui sont responsables de la tragédie vécue par les populations de cette région pendant les années 90». À Pristina, les Albanais majoritaires du Kosovo, également rivés à leurs écrans de télévision, ont massivement suivi le début du procès. «Je me sens soulagé de le voir ainsi traduit en justice. Mais je me sentirais tellement mieux si ses amis qui l’ont assisté étaient assis à ses côtés», a déclaré Xhevat Hajdari, 54 ans. «Je ne peux pas supporter son regard», a lancé Nebi Sopjani, 32 ans, qui détournait les yeux de la télévision chaque fois que Milosevic y apparaissait en gros plan. «Qu’un jour comme celui-là puisse arriver, je n’y avais jamais songé», a-t-il expliqué. À Zagreb, l’ouverture du procès contre Milosevic a été accueilli avec une certaine lassitude. «La justice est lente et tout ceci est désormais de l’histoire. Ce procès ne fera pas revivre les morts et ne reconstruira pas les maisons», a résumé Elvis, un enseignant de 37 ans. À Banja Luka, capitale de la Republika Srpska, l’entité serbe de Bosnie, des voix se sont élevées contre le caractère jugé «politique» et «antiserbe» du tribunal. Une jeune femme, Vinka, a estimé que les dés étaient pipés. «Je suis sûre que Milosevic sera condamné, car le tribunal est contre les Serbes», a-t-elle tempêté. «C’est une farce, un cirque. L’Occident l’a utilisé (...), ils le soutenaient lorsqu’il leur était utile, maintenant ils le sacrifient», a surenchéri Sonja, une autre habitante de la ville. À Belgrade, les uns sont restés collés aux images que diffusaient cinq chaînes nationales de télévision, les autres n’y ont jeté qu’un coup d’œil. «J’ai juste regardé l’ouverture puis je suis partie. Je ne ressens rien» pour Milosevic, a assuré Marta, 31 ans. Mais Zoran, 38 ans, s’est dit «écœuré». «Ils veulent (le TPI) amnistier l’Otan, les Albanais (du Kosovo) et les Croates». Et de lâcher : «Quand va-t-on enfin juger quelqu’un pour les crimes commis contre les Serbes ? Jamais». Pour sa part, le chef de la diplomatie yougoslave, Goran Svilanovic, a considéré hier à Kiev, où il était en visite, que le procès de Milosevic était pour les Serbes «la question politique la plus importante». «L’entente (entre Belgrade et ses voisins) aura, a-t-il commenté, de meilleures perspectives» si l’on en apprend «le plus possible sur les raisons de ce qui s’est passé» au cours de la dernière décennie dans les Balkans.
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