Arrivé à l’été 1999 en quasi-messie, dépositaire annoncé d’un football léché, fait de coups de reins et de coups de pattes avant d’être tout juste réduit à remplacer les remplaçants, Youri Djorkaeff quitte aujourd’hui Kaiserslautern à l’anglaise, pour rejoindre Bolton et réchauffer ses espoirs de Mondial avec l’équipe de France. Du tribun aux tribunes, l’aura de l’attaquant français s’est en effet sérieusement écornée dans le Palatinat. Quelques statistiques suffisent à éclairer ce déclin : 25 matchs et 11 buts en 1999/2000, 26 matchs et 3 buts la saison passée, 4 matchs – jamais comme titulaire – et aucun but cette saison. À 2 millions d’euros (1,75 million de dollars) de salaire annuel estimé, cela fait cher l’apparition... Les supporteurs des «Diables rouges» gardent pourtant la mémoire de ses exploits initiaux au Betzenberg, ce stade-chaudron perché sur une colline où toute une ville afflue en procession les soirs de match. C’était l’époque où l’équipe du Palatinat était entraînée par Otto Rehhagel, figure de la Bundesliga et aujourd’hui sélectionneur national de la Grèce. Blanc-seing à Djorkaeff Ce technicien comblé de titres avait fait venir le champion du monde et champion d’Europe français de l’Inter Milan pour un transfert de 2 millions d’euros. «De la Scala chez les ploucs», s’amusait la presse allemande, scrutant l’adaptation de la «diva» à cette cité provinciale de 100 000 habitants. Le «roi Otto» accorda son blanc-seing à l’électron libre Djorkaeff, qui le lui rendit bien. Par ses qualités techniques, le Français enchanta l’univers rugueux de la Bundesliga. Bilan : une cinquième place pour son année d’impétrant. «C’est du temps où l’équipe était dirigée par Rehhagel dont je me souviendrai avec bonheur», dit-il aujourd’hui. Mais un début de saison 2000/2001 poussif et une atmosphère qui vire délétère pousse le protecteur Rehhagel à démissionner, le 1er octobre 2000. Là commence le purgatoire de Djorkaeff. Car le nouveau coach, Andreas Brehme, champion du monde 1990 et ex-chouchou du FCK, ne saura jamais gérer le cas de cet autre champion du monde qui lui fait de l’ombre. L’anecdote, jamais totalement confirmée, a fait le tour des gazettes. Lors d’un entraînement, un supporteur interpelle : «Hé, champion du monde !». Croyant que cet appel lui était adressé, l’entraîneur se retourne... mais c’est le Français qui était ainsi salué. Brehme en aurait gardé une tenace rancune. La situation se dégrade alors lentement, tout comme les rapports entre les deux hommes. Contrairement à Rehhagel, Brehme voit aussi dans le profil atypique de l’ex-Monégasque une incompatibilité tactique avec son équipe. Mise au banc L’arrivée du milieu offensif brésilien Lincoln à l’intersaison précipite la mise au banc de Djorkaeff, qui déclare «ne plus vouloir jouer sous Brehme». Une faute évidente. D’autant que les contacts en vue d’un retour en France, notamment avec Marseille, achoppent. Opiniâtre, pour le moins, Brehme ne cesse d’évoquer des «performances insuffisantes» à l’entraînement pour maintenir le joueur à l’écart, au moment même où celui-ci se déclare «en pleine forme». Manque de chance pour lui, aussi : Kaiserslautern brille. La plupart des exégètes avaient pourtant voué les «Diables rouges» au ventre mou du classement. Bernique ! Ils pointent aujourd’hui à la troisième place... Du coup, comme le glisse à l’AFP le chargé des relations avec les supporteurs, Hans-Guenter Neues : «C’est difficile de changer une équipe qui gagne. Les joueurs le comprendraient difficilement». Et un autre dirigeant, Robert Wieschemann, de stigmatiser aussi «la grande erreur de Djorkaeff, qui est de ne pas avoir appris l’allemand». «C’est un type très intelligent et cela n’aurait constitué aucun problème pour lui», déplore celui qui est pourtant l’un de ses plus chauds partisans.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Arrivé à l’été 1999 en quasi-messie, dépositaire annoncé d’un football léché, fait de coups de reins et de coups de pattes avant d’être tout juste réduit à remplacer les remplaçants, Youri Djorkaeff quitte aujourd’hui Kaiserslautern à l’anglaise, pour rejoindre Bolton et réchauffer ses espoirs de Mondial avec l’équipe de France. Du tribun aux tribunes, l’aura de l’attaquant français s’est en effet sérieusement écornée dans le Palatinat. Quelques statistiques suffisent à éclairer ce déclin : 25 matchs et 11 buts en 1999/2000, 26 matchs et 3 buts la saison passée, 4 matchs – jamais comme titulaire – et aucun but cette saison. À 2 millions d’euros (1,75 million de dollars) de salaire annuel estimé, cela fait cher l’apparition... Les supporteurs des «Diables rouges» gardent pourtant la...