L’euro est passé cette semaine sous le seuil de 0,87 dollar pour la première fois depuis six mois, alors que les signes de reprise économique se multiplient aux États-Unis contrairement à la situation qui prévaut en Europe. De fait, l’euro, qui présentait tant bien que mal des signes de résistance aux influences baissières depuis le début de l’année, s’est rapidement effrité face au dollar dès jeudi dernier après les propos tenus par le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Alan Greenspan, devant la commission bancaire du Sénat, considérés par le marché comme positifs pour le billet vert. Le président de la Fed s’est montré cette fois-ci moins réservé sur les perspectives de reprise que dans la précédente intervention du 11 janvier à San Francisco. Il n’a pas dit comme il l’avait fait alors en indiquant que «malgré les signes positifs, l’économie devait encore faire face à des risques importants». «Il y a des signes récemment que certaines des forces qui restreignaient l’économie l’an dernier diminuent et que l’activité commence à se redresser», a finalement conclu M. Greenspan. Il a cité à l’appui des indications montrant la fin du mouvement de réduction des stocks des entreprises, l’amélioration de la consommation et la diminution des nouvelles demandes hebdomadaires d’allocations chômage aux États-Unis de 85 000 pendant les trois premières semaines de janvier pour se chiffrer à 376 000 à la suite de plusieurs créations d’emplois non agricoles. Selon les analystes de marché, la récente reprise du dollar face à l’euro s’explique par la conjonction de ce discours plus optimiste pour l’économie américaine de Greenspan, et du contraste entre ces propos et la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE). Les mêmes analystes ont fait état de la déclaration du président de la BCE, Wim Duisenberg, estimant que le niveau des taux d’intérêt directeurs dans la zone euro était «approprié pour le moment», écartant l’hypothèse d’un nouvel assouplissement des conditions du crédit malgré la récession en Allemagne, première économie d’Europe. À cet égard, ils ont fait mention des propos tenus par le chancelier allemand, Gerhard Schröder, devant les représentants des principaux syndicats et fédérations patronales du pays que la croissance allemande ne serait «probablement» que de 0,75 % cette année, alors que Berlin misait officiellement jusqu’à présent sur 1,25 %, avertissant que le nombre de chômeurs va nettement dépasser la barre des 4 millions de personnes durant le mois prochain, en raison du marasme économique. Selon ces analystes, l’euro risquait d’ores et déjà d’entrer dans une zone de turbulence s’il chutait sous le seuil de 0,86 dollar, attirant l’attention sur un autre facteur de pression sur la monnaie européenne illustré par une relance de l’inflation dans la zone euro, après l’annonce d’une forte hausse des prix à la consommation en Italie et en Allemagne. Compte tenu de toutes ces considérations et eu égard au ralentissement du taux de la croissance du produit intérieur brut (PIB) britannique à 0,2 % au quatrième trimestre 2001 et l’aggravation de la récession au Japon, le dollar a continué sur sa lancée de la semaine précédente, se négociant hier à New York par rapport à vendredi dernier comme suit : – 0,8650 pour un euro contre 0,8845 – 1,4085 pour un sterling contre 1,4380 – 1,7040 FS contre 1,6610 – 135,35 yens contre 132,55 – 1,6120 dollar canadien contre 1,6145. Reprise technique des Bourses américaines et européennes Les places boursières internationales et les marchés des valeurs mobilières des deux côtés de l’Atlantique étaient orientés à la hausse cette semaine, tirés par Wall Street et Nasdaq aux États-Unis. Ils ont profité d’un rebond technique après les pertes des deux dernières semaines sur des prévisions économiques optimistes du président de la Fed, Alan Greenspan, assorties de résultats de sociétés meilleurs que prévu. Une chasse aux bonnes affaires a été relevée dès mercredi, bénéficiant à plusieurs grandes sociétés traditionnelles et de la haute technologie. Certains résultats étaient bons dans un marché un peu sous-évalué et qui est entré dans une phase corrective, ont indiqué les courtiers pour expliquer le renversement de tendance de la cote américaine. Cette semaine, plus de la moitié des sociétés faisant partie de l’indice Standard & Poor’s 500 ont publié leurs résultats du quatrième trimestre 2001, dont notamment Motorola, ExxonMobil, Caterpillar, Dupont, Merrill Lynch, Computer Associates, Boeing... Les prévisions optimistes de Greenspan ont nourri quelques espoirs dans l’esprit des investisseurs sur le démarrage de la reprise économique, et surtout sur sa force. Le marché boursier anticipe d’ores et déjà un début de reprise dans le courant du deuxième trimestre 2002. Ces nouvelles considérations ont fait penser à plusieurs analystes que les cours des valeurs boursières, et particulièrement celles cotées à Wall Street, sont sous-évalués, après avoir nettement baissé depuis le début de l’année. En effet, les investisseurs ont continué de privilégier les valeurs traditionnelles comme Bethlehem Steel, Alcoa, Procter and Gamble, General Electric... Les valeurs cycliques, dont l’évolution est liée à celle de l’économie, ont également profité des perspectives d’amélioration du climat d’investissement aux États-Unis. En revanche, les réserves émises à la fin de la semaine par l’équipementier en télécommunications suédois Ericsson pour 2002 et les prévisions de pertes avant impôts et éléments exceptionnels durant les tout prochains trimestres de Gateway sont venues limiter les gains de la Bourse électronique Nasdaq. Cela étant, l’indice composité Nasdaq n’a pu avancer que très légèrement de 1 930,34 points, en clôture la semaine dernière, à 1 936,99 points hier en préclôture, à 23h heure de Beyrouth (+0,34 %), alors que l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles affichait 9 848,40 points contre 9 771,85 points (+0,78 %) pendant la même période. À l’échelle européenne les Bourses ont aussi évolué cette semaine dans l’espoir d’une reprise économique américaine qui sera bénéfique à l’économie de l’autre côté de l’Atlantique. En outre, les excellents résultats de l’équipementier en télécommunications Nokia, assortis de perspectives optimistes, ont fait plus que compenser les déceptions de son concurrent Ericsson. Pourtant, les investisseurs ont besoin de voir les scénarios de reprise économique se traduire dans l’activité des entreprises et les indications qu’elles donnent en ce sens. À cet effet, les regards seront braqués la semaine prochaine sur les résultats de sociétés comme Accor, Air Liquide, France Télécom, TotalFina-Elf, Alcatel, AstraZeneca, Rio Tinto... Dans cette attente, la semaine s’est soldée par une progression de 1,29 % de l’indice Footsie à la Bourse de Londres, à 5 193,00 points contre 5 126,80 points à la fin de la semaine dernière, de 0,80 % de l’indice CAC 40 à la Bourse de Paris, à 4 484,31 points contre 4 448,85 points et de 0,67 % de l’indice Extra Dax de la Bourse de Francfort, à 5 156,63 points contre 5 122,23 points pendant la même période. Enfin, la Bourse de Tokyo a terminé la semaine plombée par les craintes liées aux créances douteuses du secteur bancaire, en dépit de la précédente injection de capital par le gouvernement. La rechute du yen n’a pas beaucoup profité à la cote japonaise dans la mesure où elle a laissé croire que l’économie est en mauvais état, incitant les investisseurs étrangers à liquider leurs avoirs en yen. En effet, l’indice Nikkei a dû abandonner d’une huitaine à l’autre 1,45 % à 10 144,14 points hier en clôture contre 10 293,32 points à la fin de la semaine dernière. Élie KAHWAGI
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