Le Haut-Commissaire de l’Onu pour les Réfugiés (HCR) Ruud Lubbers a appelé hier le Kremlin à réduire le nombre de militaires en Tchétchénie afin de favoriser le retour des déplacés, alors que des témoignages faisaient état de nouvelles atrocités de l’armée russe. «La réduction du contingent militaire et l’assouplissement des contrôles encourageront le retour des réfugiés d’Ingouchie en Tchétchénie», a déclaré le responsable à l’issue d’entretiens aux ministères de l’Intérieur et des Situations d’urgence, selon Itar-Tass. Officiellement, quelque 40 000 soldats sont déployés en Tchétchénie où l’armée russe est intervenue le 1er octobre 1999 pour mettre fin au pouvoir indépendantiste du président Aslan Maskhadov. Après avoir évoqué un retrait des troupes au printemps 2002, le chef de l’armée russe dans le Caucase du Nord, le général Guennadi Trochev, l’a récemment exclu, invoquant la présence persistante de groupes de rebelles dans la république. Des réfugiés tchétchènes que M. Lubbers a rencontrés en Ingouchie ont exprimé leur crainte de rentrer dans leur république en raison des exactions commises par les forces russes. Ils se sont également plaint des multiples postes de contrôle où ils sont régulièrement rançonnés par les soldats. Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme ont publié jeudi des témoignages accablants sur des exactions commises par l’armée lors de deux opérations de «ratissage» à Tsotsin-Iourt et Argoun. À Tsotsin-Iourt (25 km à l’est de Grozny), six civils ont disparu et cinq autres ont été tués, dont deux qui ont été retrouvés les oreilles coupées, selon Mémorial, lors d’une opération menée fin décembre. Les militaires ont également tabassé des suspects arrêtés, pillé des maisons et des magasins, et profané avec leurs excréments la mosquée de la localité, selon cette organisation. Une autre ONG, la société pour l’amitié russo-tchétchène, a également fait état de graves exactions commises à Argoun (15 km à l’est de Grozny), également lors d’une opération de «ratissage» début janvier. «Les habitants ont fait état de pillages massifs effectués par les militaires dans des maisons et des magasins. Ils ont été contraints de préparer des repas aux soldats dont certains se sont soûlés et ont abattu du bétail», indique le communiqué de l’organisation. Une femme, Zaïnap Astamirova, a affirmé avoir dû verser 4 000 dollars aux militaires pour qu’ils ne fusillent pas son fils, selon le communiqué. Selon un bilan provisoire, sept habitants d’Argoun ont été tués lors de cette opération. L’organisation Médecins Sans Frontières a également profité de la visite de M. Lubbers pour dénoncer les conditions «inacceptables» dans lesquelles vivent les réfugiés, appelant le HCR à remplacer des centaines de tentes «abîmées et pourries» dans lesquelles les réfugiés passent un troisième hiver. L’Ingouchie, une république pauvre du Caucase du Nord, frontalière de la Tchétchénie, accueille quelque 170 000 Tchétchènes tandis que 160 000 autres sont déplacés en Tchétchénie. M. Lubbers a également fait comprendre que, pour stabiliser la situation en Tchétchénie, il était nécessaire de «trouver des points communs» avec le président indépendantiste Aslan Maskhadov, selon Interfax. Il a dans le même temps reconnu que Maskhadov «avait été trop faible pour influencer la situation en Tchétchénie», selon ses propos rapportés par le président du Sénat, Sergueï Mironov. Les contacts entre Moscou et la présidence indépendantiste sont officiellement interrompus. Sur le terrain, neuf militaires russes ont été tués mercredi par les rebelles, le plus lourd bilan quotidien pour ces derniers mois.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le Haut-Commissaire de l’Onu pour les Réfugiés (HCR) Ruud Lubbers a appelé hier le Kremlin à réduire le nombre de militaires en Tchétchénie afin de favoriser le retour des déplacés, alors que des témoignages faisaient état de nouvelles atrocités de l’armée russe. «La réduction du contingent militaire et l’assouplissement des contrôles encourageront le retour des réfugiés d’Ingouchie en Tchétchénie», a déclaré le responsable à l’issue d’entretiens aux ministères de l’Intérieur et des Situations d’urgence, selon Itar-Tass. Officiellement, quelque 40 000 soldats sont déployés en Tchétchénie où l’armée russe est intervenue le 1er octobre 1999 pour mettre fin au pouvoir indépendantiste du président Aslan Maskhadov. Après avoir évoqué un retrait des troupes au printemps 2002, le chef de...