L’euro s’est un peu essoufflé cette semaine sur les marchés des changes internationaux, après son rebond initial qui avait suivi l’introduction sans encombre des billets et pièces en cette monnaie dès le début de l’année. L’arrivée de cette devise n’a pas changé les fondamentaux de la zone euro et, selon les cambistes, il n’y a pas de raisons réelles pour que la monnaie unique européenne s’apprécie. De fait, les interrogations soulevées sur l’orientation européenne de l’Italie après la démission de son ministre des Affaires étrangères proeuropéen, Renato Ruggiero, en protestation contre les déclarations critiques sur l’euro de trois autres ministres du gouvernement Berlusconi, ont jeté une ombre dès le début de la semaine sur le succès du passage à cette monnaie. En outre, l’annonce de dévaluation du peso argentin de 29 % par rapport au dollar a été également négative pour l’euro, car les investisseurs craignent que certaines banques européennes soient exposées en Argentine, notamment les banques espagnoles. De plus, la publication de chiffres sur le chômage en Allemagne le mois dernier, faisant ressortir une nette augmentation du nombre de sans-emploi de 174 000 personnes à 3 963 000 selon l’Office fédéral du travail, soit l’équivalent de 9,6 % de la population active dans la première économie de la zone euro, a également agi au passif de la monnaie unique. Cela d’autant que l’indice du climat des affaires dans cette zone est retombé de –1,20 en novembre à –1,23 le mois dernier, après un plongeon sans précédent de –0,58 en octobre lié aux conséquences des attentats du 11 septembre aux États-Unis, selon la Commission européenne. Dans ces conditions, il n’était guère étonnant que l’euro restait sous pression dès le début de cette semaine face au dollar contrairement au yen qui est parvenu à freiner son mouvement de baisse dès jeudi dernier après avoir atteint un plus bas contre le billet vert depuis trois ans. À cet égard, les mises en garde contre la dépréciation excessive du yen lancées par de hauts responsables japonais, notamment les ministres des Finances et de l’Économie ainsi que leurs adjoints, faisant savoir que le Japon et ses partenaires asiatiques et américains s’inquiètent de plus en plus de la rapidité de la baisse de la devise nippone qui a perdu près de 10 % de sa valeur au cours des deux derniers mois. Compte tenu de toutes ces considérations, le dollar ne tardait pas à être privilégié face aux autres grandes monnaies, surtout après le statu quo monétaire observé cette semaine par la Banque d’Angleterre qui a maintenu son principal taux de base à 4 %. Toutefois, les incertitudes entourant l’orientation future de la politique monétaire américaine sont venues tempérer l’engouement des investisseurs vis-à-vis du billet vert. L’attente fébrile des opérateurs du discours sur l’économie américaine que le président de la Réserve fédérale (Fed), Alan Greenspan, a prononcé tard dans la soirée d’hier à San Fancisco, a frappé les marchés d’indécision. Cela d’autant qu’il n’a pas suggéré dans ce discours la fin du cycle d’assouplissement monétaire, ni une hausse des taux. Il s’est contenté d’affirmer qu’il y a des signes montrant que la récession tire à sa fin tout en estimant prématuré de dire que la reprise est amorcée. Les analystes, qui ont interprété diversement les paroles de Greenspan, ont laissé aux opérateurs de deviner si la Fed va une nouvelle fois agir sur les taux d’intérêt lors de la prochaine réunion de son comité de politique monétaire le 30 janvier. Ainsi, les paroles de Greenspan n’ayant pas pu sortir les marchés de leur malaise, le dollar a achevé la semaine sur un ton indécis, se négociant hier à New York en comparaison avec la fin de la semaine dernière, comme suit : – 0,8920 pour un euro contre 0,8945, vendredi dernier – 1,4470 pour un sterling contre 1,4460 – 1,6565 FS contre 1,6530 – 131,95 yens contre 130,95. L’attente de résultats des sociétés a jeté de l’ombre sur les Bourses internationales Sur les places boursières internationales, les marchés américains des valeurs mobilières ont achevé la semaine hier sur une note négative, cédant l’essentiel du terrain qu’ils avaient gagné à ses débuts. Selon les courtiers, la cote américaine a été victime de la nervosité des investisseurs avant la publication des résultats des sociétés américaines au quatrième trimestre 2001. La majorité des grandes entreprises aux États-Unis publieront leurs résultats trimestriels à partir de la semaine prochaine. De l’avis des analystes financiers, ces entreprises devraient continuer à refléter leurs difficultés dans un environnement économique défavorable, avant la reprise attendue dans le courant du deuxième trimestre de cette année. «Nous avons beaucoup progressé en un court temps, une pause est nécessaire», a souligné une analyse de Prudential Securities pour justifier la baisse de la cote pendant la deuxième moitié de la semaine. Et d’ajouter que Wall Street a déjà progressé de 22 % depuis le plancher atteint le 21 septembre, dix jours après les attentats meurtriers à New York et à Washington, et la Bourse électronique Nasdaq de près de 44 %, dopées toutes les deux par les perspectives de reprise de l’économie et de la performance des sociétés américaines. Cela étant, les inquiétudes sur la solidité de la reprise américaine et les craintes que les cours des actions ne soient exagérément élevés par rapport aux perspectives de résultats des entreprises ont donc encouragé les prises de bénéfices. Cela d’autant que le président de la Fed, Alan Greenspan, venait de faire savoir, hier, qu’il est prématuré de dire que la reprise est amorcée. «L’économie américaine continue à être confrontée à des risques importants sur le court terme», a déclaré le président de la Fed. Et d’ajouter que «les bénéfices des entreprises et leurs investissements demeurent faibles et les dépenses de consommation pourraient être freinées par la faiblesse du marché du travail». La publication hier de l’indice des prix à la production aux États-Unis qui a baissé de 0,7 % le mois dernier contre 0,6 % en novembre, pavant la voie à un nouvel assouplissement de la politique monétaire de la Fed, n’a pas eu beaucoup d’impact sur le marché. Eu égard à toutes ces considérations, l’indice composite Nasdaq n’a pas pu se maintenir très longtemps au-dessus du seuil des 2 100 points, franchi mercredi dernier, fléchissant en préclôture hier, à 23h heure de Beyrouth, à 2 028,80 points contre 2 059,38 points à la fin de la semaine dernière (en baisse de 1,48 %) ainsi que l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles qui est tombé à 10 001,59 points contre 10 259,74 points pendant la même période (en baisse de 2,52 %). Même mouvement sur les Bourses européennes qui ont fait preuve de beaucoup de volatilité cette semaine, craignant les déceptions qui pourraient venir lors de la sortie des premiers résultats d’entreprises au quatrième trimestre 2001 des deux côtés de l’Atlantique. En effet, les opérateurs sont restés prudents même en rachetant hier quelques titres qui avaient fortement baissé depuis le début de la semaine, notamment les valeurs cycliques et technologiques. Mais dans l’ensemble, les investisseurs ont décidé de prendre leurs bénéfices après plusieurs séances de hausse depuis le 20 décembre 2001. C’est ainsi que l’indice CAC 40 de la Bourse de Paris a dû céder d’une huitaine à l’autre 2,74 % à 4 554,69 points, hier en clôture, contre 4 682,79 points à la fin de la semaine dernière. Il en est de même de l’indice Footsie de la Bourse de Londres qui a abandonné 2,35 % à 5 198,60 points contre 5 323,80 points et de l’indice Extra Dax de la Bourse de Francfort qui a perdu 2,04 % à 5 209,97 points contre 5 318,73 points pendant la même période. Enfin, la Bourse de Tokyo, qui a suivi grosso modo le mouvement des titres américains cotés à Wall Street et au Nasdaq, s’est orientée vers le bas, l’indice Nikkei ayant abandonné d’une semaine à l’autre 3,95 % à 10 441,59 points en clôture hier, contre 10 871,49 points vendredi dernier. Élie KAHWAGI
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