L’Argentine a fait hier le grand saut de la dévaluation, sans souffrir d’un véritable effondrement du peso après plus de dix ans d’arrimage au dollar, mais dans un climat de tension extrême marqué par les violences de la nuit. Le peso argentin a commencé à flotter librement hier par rapport au dollar sur le marché des changes argentin, après plus de 10 ans de parité fixe, les banques vendant le plus souvent le dollar autour de 1,60 peso et l’achetant à 1,45. La cotation à 1,60 représente une dévaluation de 37,5 % par rapport à la parité d’un peso pour un dollar, alors que le nouveau gouvernement a décidé une dévaluation de 28,6 % lorsqu’il a fixé le taux pour les transactions extérieures (soit un dollar = 1,40 peso). Aux voyageurs arrivant à l’aube à l’aéroport international d’Ezeiza (ouest de la capitale), le dollar était proposé à 1,80 peso avant de baisser à 1,60, selon des radios locales. Le peso flottant s’est donc dévalué comme prévu au-delà du taux fixe, sans pour autant s’écrouler après les premières heures de transactions bien que certaines maisons de change proposaient dans le centre des affaires le dollar à 1,75 peso (43 % de dévaluation). Confronté à une crise économico-sociale sans précédent et de peur d’un effondrement brutal de la monnaie, le gouvernement du président Eduardo Duhalde a instauré pour 90 jours un double taux de change, avec un dollar à 1,40 peso pour les transactions extérieures et un taux libre pour les autres. Les deux grands tests d’hier et des jours prochains seront de savoir si ce peso flottant ne va pas s’effondrer et si les prix ne vont pas flamber. Par cette dévaluation, le nouveau pouvoir tourne le dos à plus de dix ans de parité, une mesure qui avait permis en 1991 de juguler l’hyperinflation, mais a depuis plongé le pays dans une récession qui dure depuis le troisième trimestre de 1998. «Nous sommes tombés de plus en plus bas, étape après étape : récession, dépression, état préanarchique, chaos. Une étape de plus et c’est un bain de sang», avait déclaré jeudi le président Duhalde, évoquant ses craintes d’une «déstabilisation» de son gouvernement. De fait, de nouveaux «concerts de casseroles» de la classe moyenne ont été organisés dans la nuit, devant le palais présidentiel où des milliers de personnes ont manifesté, et dans une cinquantaine de places de Buenos Aires. Elles protestaient contre les restrictions bancaires, mais la manifestation a été dispersée par la police, puis suivie de destructions de succursales bancaires, de commerces et de cabines téléphoniques dans le centre de la capitale par des groupes de casseurs. Des dizaines de milliers de personnes, 35 000 selon la police, ont participé à ces «cacerolazos» massifs. Ces concerts visaient les restrictions bancaires imposées par le «corralito» (parc de bébé ou petit enclos), instauré début décembre par l’ancien ministre Domingo Cavallo pour mettre un frein à la fuite des capitaux et dont le récent assouplissement a été jugé insuffisant. Les nouvelles mesures décidées par le ministre de l’Économie Jorge Remes Lenicov ne permettent pas aux Argentins de retirer par mois plus de 1 500 pesos de leurs comptes sur salaire (au lieu de 1 000 pesos précédemment) et 1 200 de leurs comptes d’épargne. La population a également réclamé des «élections nationales maintenant» et la démission des juges «corrompus» de la Cour suprême, qui a avalisé les mesures de restrictions bancaires. L’apparition dans la nuit de casseurs a entraîné l’intervention de la police qui a procédé à 35 interpellations. Quatre personnes étaient encore détenues dans la matinée, selon la police fédérale. Le porte-parole de la présidence Eduardo Amadeo a dit vendredi matin que le gouvernement partageait «la douleur, la colère et les besoins» de la population qui a participé au «cacerolazo», mais a condamné les «vandales» dont il faut «se protéger». Dans ce climat incertain, l’ex-président Carlos Menem (1989-1999) a jeté un peu plus d’huile sur le feu, en réitérant hier vendredi ses critiques acerbes à l’égard d’un gouvernement jugé «incompétent», déclarant que «la dévaluation monétaire constitue une grave erreur stratégique».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Argentine a fait hier le grand saut de la dévaluation, sans souffrir d’un véritable effondrement du peso après plus de dix ans d’arrimage au dollar, mais dans un climat de tension extrême marqué par les violences de la nuit. Le peso argentin a commencé à flotter librement hier par rapport au dollar sur le marché des changes argentin, après plus de 10 ans de parité fixe, les banques vendant le plus souvent le dollar autour de 1,60 peso et l’achetant à 1,45. La cotation à 1,60 représente une dévaluation de 37,5 % par rapport à la parité d’un peso pour un dollar, alors que le nouveau gouvernement a décidé une dévaluation de 28,6 % lorsqu’il a fixé le taux pour les transactions extérieures (soit un dollar = 1,40 peso). Aux voyageurs arrivant à l’aube à l’aéroport international d’Ezeiza (ouest de la...