L’attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas mercredi contre un poste militaire en Israël pourrait marquer un passage des attentats-suicide à la guérilla, selon des analystes palestiniens. «Le Hamas ne va probablement pas reprendre les attentats contre les civils en Israël, non pas en raison de la pression de l’Autorité palestinienne, mais de l’énorme hostilité de la population palestinienne, qui craint les représailles israéliennes», a souligné Ali Jarbaoui, professeur de sciences politiques. De fait, bien que l’Autorité palestinienne ait dénoncé cette attaque et promis de châtier ses commanditaires, Israël a lancé une série de représailles qui ont culminé par la destruction dans la nuit de mercredi à jeudi de dizaines de maisons palestiniennes à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Afin de minimiser ce risque, le Hamas pourrait se concentrer sur les objectifs militaires, selon M. Jarbaoui. «L’attaque de mercredi a visé un poste militaire, ce qui constitue un objectif légitime aux yeux du Hamas», a-t-il ajouté. «Ce genre d’attaque peut se répéter, le Hamas se considérant en guerre contre Israël», a estimé ce professeur de l’Université de Bir Zeit, en Cisjordanie. Deux combattants de la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, ont attaqué mercredi à l’aube un poste militaire dans le sud d’Israël, à la frontière avec la bande de Gaza, tuant quatre militaires, dont un officier, avant d’être tués. Selon les milieux proches du mouvement, le Hamas n’a pas rompu, en attaquant à la grenade et au fusil-mitrailleur des soldats israéliens, la trêve qu’il s’était engagé à respecter le 21 décembre. Le Hamas n’avait annoncé, ont-ils souligné, que la fin des attaques-suicide et des tirs d’obus de mortier contre des objectifs israéliens. «C’est une opération contre des soldats qui participent à l’occupation et non contre des civils», a affirmé l’un des chefs politiques du Hamas en Cisjordanie, Hassan Youssef, évitant de parler de rupture de la trêve. «De nombreux civils continuent d’être tués par l’armée israélienne en dépit du respect par les Palestiniens du cessez-le-feu» décrété par le président Yasser Arafat le 16 décembre, a-t-il affirmé. Un responsable du Hamas à Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie, Tayssir Omrane, a assuré que le mouvement n’avait «violé ni sa déclaration (de trêve) ni son engagement à préserver l’unité nationale des Palestiniens». Le militant palestinien des droits de l’homme Moustapha Barghouthi a estimé que «même si les Palestiniens optent pour la non-violence, ils sont constamment provoqués par les attaques et les agressions (du Premier ministre israélien Ariel) Sharon». «L’attaque de mercredi est une réaction à l’occupation, aux incursions armées, au bouclage des territoires palestiniens et au refus constant de Sharon d’entamer des discussions politiques en dépit du calme de ces derniers jours», a-t-il ajouté. Dans la bande de Gaza, l’attaque a été saluée par des salves de militants du Hamas en armes à Rafah. Quelle que soit la signification de cette attaque, les analystes palestiniens s’accordent à penser que le gouvernement israélien l’exploitera pour isoler encore davantage le président palestinien. «L’objectif principal de Sharon est de renverser Arafat. Cette brèche dans le cessez-le-feu sera une nouvelle pièce à conviction, après celle de l’arraisonnement du bateau chargé d’armes, pour ébranler le dirigeant palestinien», a estimé M. Jarbaoui.
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