Dans les rues de Ramallah, des Palestiniens se réjouissent de l’accalmie de l’intifada, qui leur permet de souffler après le lourd tribut humain et économique payé depuis 15 mois. La violence a considérablement diminué en Cisjordanie, dans la bande de Gaza ainsi qu’en Israël depuis l’appel à la fin des attaques armées lancé par le président palestinien Yasser Arafat, le 16 décembre, et l’annonce de son respect par des mouvements radicaux palestiniens. Pour Ahmed al-Haj, instituteur, la trêve s’explique par le lourd bilan de l’intifada, qui a fait plus de 1 100 morts dont environ 900 Palestiniens, et les difficultés économiques qu’elle a entraînées pour la population. «Plus de 120 000 personnes ont perdu leur emploi en raison du blocus imposé par Israël et nombreuses sont les familles qui n’ont pas de revenus depuis plus d’un an et vivent de la solidarité de proches, eux-mêmes pauvres», ajoute l’instituteur. Le bouclage par Israël des territoires palestiniens depuis le début de l’intifada a forcé au chômage, selon l’Onu, plus de 100 000 Palestiniens sur 125 000 travaillant en Israël, dans les colonies ou les zones industrielles israéliennes. 80 000 Palestiniens ont perdu leur emploi dans les Territoires. Selon la Banque mondiale, près de 50 % des Palestiniens devraient vivre sous le seuil de pauvreté de l’Onu, soit moins de 2 dollars par jour pour une famille de six personnes, fin 2001, contre près de 20 % un an auparavant. «Nous voulons vivre et pouvoir nous rendre au travail. Nous voulons savoir qu’à la fin du mois nous pourrons acheter du pain et habiller nos enfants», dit Ahmed al-Haj, pour qui seul un retour au calme permettra tout cela. Hossam Naquache, loueur de brouettes pour transporter les bagages des personnes au barrage militaire de Qalandiya, veut, lui, revenir à l’école. «Seul un arrêt des violences permettra à mon père de reprendre le travail et à moi-même et à mon frère de retourner à l’école», dit-il. Mais il défend aussi l’intifada en soutenant que les Palestiniens, en la déclenchant, ont «voulu défendre leurs droits». Il tente d’expliquer le phénomène des kamikazes palestiniens. «Le jeune homme humilié quotidiennement aux barrages israéliens, empêché de se rendre à son travail, contraint de vivre de charité (...) ne trouve pas de différence entre vie et mort. Il se ceint la taille d’explosifs et se fait tuer à un barrage israélien». «La balle est dans le camp d’Israël et de la communauté internationale. À eux de prouver que les négociations déboucheront sur une véritable solution sur le terrain», estime encore Hossam Naquache. Rana al-Madhoune, professeur en pharmacologie, déplore «la militarisation» de l’intifada et privilégie une solution politique. «L’intifada s’est rapidement militarisée. Plusieurs factions, officielles ou islamistes, ont tenté de reprendre à leur compte l’étincelle populaire qui s’est déclenchée spontanément après la visite d’Ariel Sharon (actuel Premier ministre) à l’esplanade des Mosquées le 28 septembre», dit-elle. «Les attentats-suicide en Israël ont réduit la solidarité internationale, certains pays s’étant empressés de retourner leur colère contre les Palestiniens», poursuit ce professeur qui a regagné la Cisjordanie après les accords de paix d’Oslo en 1993, après avoir vécu en Belgique. «Les Palestiniens veulent savoir si le lourd tribut humain et économique payé aboutira à une paix véritable ou s’il faudra rallumer l’intifada», ajoute-t-elle.
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