Sur les marchés colorés de Kinshasa comme dans la plus reculée des provinces, on trouve partout en République démocratique du Congo (RDC) les marchandes de «mbinzo», succulentes chenilles qui assurent l’indispensable apport de protéines aux moins argentés des Congolais.Dans de larges calebasses de bois sombres, les «mbinzo» – nom générique des chenilles en langue lingala – grouillent, grasses, blanches, leurs corps cylindriques et annelés – longs de 2 à 5 centimètres – à peine marqués d’yeux microscopiques. L’immense RDC, dont l’élevage et l’agriculture ont été ruinés par trois années de guerre, est confrontée à une crise alimentaire aiguë, en particulier dans la capitale Kinshasa qui compte plus de 6 millions d’habitants. Pratiquant une économie de la «débrouille», les Kinois consomment des légumes cultivés dans de minuscules parcelles à la périphérie de leur ville mais le plat de choix, à la portée de – presque – toutes les bourses restent les «mbinzo». Les vendeurs les mesurent «au verre» ou «au sakombi», une mesure qui correspond à un quart de litre, pour lequel il n’en coûte à la ménagère que 150 francs congolais, soit un peu moins d’un demi-dollar. Friandes de feuilles, les chenilles – dont il existe des variétés vertes et rougeâtres – sont le plus souvent «cueillies» sur des arbrisseaux, les «mfumbwa», dont les feuilles font comme elles, partie de la cuisine traditionnelle congolaise. Les spécialistes de la nutrition qui créditent les chenilles d’une haute valeur nutritive en encouragent la consommation régulière et le très officiel Programme spécial de sécurité alimentaire (PSSA) élaboré en 1997 par le ministère congolais de l’Agriculture, le ministère de la Santé, avec l’appui de la FAO fait lui aussi la promotion de la consommation des chenilles comme aliment de substitution. Selon le professeur Prosper Ndangila, spécialiste de la nutrition à l’Institut supérieur des techniques médicales (ISTM) de Kinshasa, 60 à 70 % des ménages kinois consomment régulièrement des chenilles. «C’est une nourriture bon marché, disponible toute l’année et plus riche en protéines que la viande, le poisson ou le soja, sans compter sa facilité de conservation», estime-t-il. Mais la consommation des «mbinzo» est d’abord affaire de gourmets. Pour certains, qui avouent que «la vue des chenilles les fait saliver», la meilleure façon de les préparer consiste – après les avoir purgées – à les faire bouillir dans l’eau chaude, avant de les égoutter et de les griller. D’autres les préfèrent fumées et séchées avec du sel relevé de piment. Plus de la moitié des chenilles consommées à Kinshasa proviennent de la province voisine du Bandundu (sud-ouest) alors qu’à l’ouest le Bas-Congo (ouest) n’en produit que de façon saisonnière et en petites quantités. Dans d’autres provinces – comme le Kasaï oriental et le Kasaï occidental (centre-est) – les chenilles sont concurrencées par les fourmis à grosses têtes rouges et les sauterelles – les «mabanki» – régal de l’ethnie des Baluba, lesquels ont été surnommés pour cela les «mangeurs de sauterelles», a affirmé un amateur à l’AFP.
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