Au deuxième jour du passage à l’euro, les Français se sont pressés hier dans les banques, peu touchées par les grèves, afin de retirer billets et pièces en euros, avec un zèle de débutant. À Paris, de nombreux particuliers se sont rendus à leur banque, avec en tête un seul objectif: se débarrasser de leurs francs et se procurer des euros, sans attendre la date butoir du 17 février. À partir de cette date, seuls les euros auront cours légal en France. Dès mardi, les banques avaient répété à l’envi avoir accompli leur mission avec succès. Hier, ce triomphalisme n’a guère été écorné, car le mouvement social n’a été que faiblement, et inégalement, suivi. Les syndicats ont décidé de ne pas reconduire la grève pour aujourd’hui. Chez BNP Paribas et au Crédit Agricole, la mobilisation a été marginale, tandis qu’à la Société Générale et aux Caisses d’épargne, on comptait quelque 20 à 25 % de grévistes et 20 % d’agences fermées. Dans une agence du centre de Paris, une longue file d’attente s’égrène devant les guichets. Une femme chaudement emmitouflée et coiffée d’un bonnet rouge serre entre ses doigts ses derniers francs. «Je pensais prendre mon temps pour passer à l’euro, explique-t-elle, mais tous les commerçants chez qui je vais me rendent la monnaie en euros quand je les paie en francs, alors j’ai décidé de me débarrasser de tous mes francs aujourd’hui et de me mettre à l’euro». «Je trouve ça plus pratique de n’avoir qu’une seule monnaie dans mon porte-monnaie», ajoute-t-elle. Le suivant dans la file se montre tout aussi enthousiaste : «Le 31 décembre, j’étais un peu inquiet, avoue-t-il, alors j’ai retiré un petit matelas de francs au distributeur. Puis à la sortie du réveillon, j’ai renouvelé l’opération, par jeu, et j’ai vu qu’on pouvait effectivement retirer des euros. Alors, aujourd’hui, je viens ramener ce petit matelas». «Les réflexes que l’on observe sont très différents», note la directrice de l’agence. Certains viennent pour tourner dès aujourd’hui la page du franc, tandis que d’autres se butent, s’énervent et refusent de passer à l’euro dès les premiers jours. La plupart des opérations enregistrées hier aux guichets avaient trait au passage à l’euro : on vient pour déposer ses francs sur son compte, pour les échanger contre des euros, voire pour y retirer, sur le tard, un sachet «Premiers euros» ou son premier chéquier en nouvelle monnaie. «Beaucoup viennent pour retirer de grosses sommes en euros au guichet, souvent entre 500 et 1 000 euros», indique-t-on au Crédit Lyonnais. D’autres clients, enfin, viennent échanger leurs grosses coupures en euros contre de la menue monnaie. Les banques notent une forte affluence dans leurs agences. Ainsi, à Paris, l’agence BNP Paribas située place de l’Opéra a enregistré une fréquentation «5 à 7 fois plus importante que la normale». Toutefois, cette agence, où se presse habituellement une clientèle nombreuse et souvent étrangère, n’est pas représentative de l’ensemble du réseau. Les touristes se ruent également vers les banques, tel cet Italien qui à la veille de rentrer au pays vient échanger ses derniers francs contre des euros estampillés français. Si l’ambiance est généralement bon enfant, certains clients sortent de leurs gonds. «Bravo, les banques !», s’écrie ainsi un jeune homme, en claquant derrière lui la porte d’une agence de la Société Générale. Il apprécie fort peu que, parce qu’il n’est pas client, on ait refusé de lui échanger ses francs. «On n’a pas reçu tout notre stock», s’excuse un des responsables de l’agence. Certaines agences déplorent en effet un approvisionnement incomplet et réservent les échanges euros contre francs à leurs propres clients.
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