L’année 2001 a été décevante pour l’euro, mais la devise devrait reprendre des couleurs l’an prochain sur le marché des changes, grâce notamment à l’introduction des pièces et des billets dans 12 pays de l’Union européenne, estiment les analystes. Les économistes restent toutefois prudents : l’euro a des chances de regagner la parité avec le dollar au cours de 2002, mais la devise restera fragile et son sort sera lié à l’évolution de l’économie américaine. Une éclaircie serait la bienvenue. Depuis son lancement dans l’euphorie, le 1er janvier 1999, à une valeur de 1,16 dollar, la monnaie européenne n’a cessé de perdre du terrain. Moins de deux ans après son intronisation, elle avait abandonné 30% de sa valeur par rapport au billet vert fin 2000, tombant à un plus bas historique de 0,8230 dollar en octobre 2000. En 2001, les performances de l’euro sont restées décevantes. Après avoir démarré l’année au-dessus des 95 cents (avec un plus haut pour 2001 à 0,9575 dollar début janvier), la devise s’est repliée jusqu’à 0,8365 dollar en juillet. Elle a ensuite regagné du terrain plus tard, au-dessus de 0,92 dollar, après les attentats du 11 septembre. «L’euro a été sous pression la première partie de l’année car les investisseurs pensaient que le ralentissement économique américain ne durerait que deux trimestres», rappelle Kamal Sharma, économiste à la Commerzbank. De plus, «le marché a été rassuré par les baisses de taux agressives de la Reserve fédérale américaine (Fed) tandis qu’il doutait de la politique de la Banque centrale européenne (BCE), qui affirmait que l’Europe était à l’abri du ralentissement» alors que l’Allemagne était au bord de la récession, ajoute-t-il. La fin de l’été a été un peu plus favorable à l’euro, le retard de la reprise américaine ayant incité les investisseurs à alléger leur portefeuille en dollars. Quelques incertitudes «La Fed a continué à baisser ses taux, la confiance des Américains a commencé à s’essouffler et le chômage à grimper», note l’analyste de la Commerzbank. Reste que le rebond de l’euro était encore lié aux inquiétudes sur les États-Unis et non «à une histoire positive en Europe». Le marché a d’ailleurs été déçu que l’euro ne profite pas davantage de la période d’incertitude qui a suivi les attentats terroristes du 11 septembre aux États-Unis. L’euro aura-t-il plus de chance en 2002 ? Selon Julian Jessop, économiste à Standard Chartered, «il devrait retrouver la parité face au dollar au cours de l’année». Et ce grâce à l’introduction des pièces et billets dès le 1er janvier «qui est un fait positif pour l’Europe». «Il y aura un peu d’incertitude et des problèmes techniques au début qui inquièteront le marché, mais ensuite tout devrait bien fonctionner», anticipe l’analyste. La BCE devrait elle aussi regagner en crédibilité. «Une inflation plus basse en Europe début 2002 et un euro plus fort permettront à la banque de baisser plus agressivement ses taux», estime Julian Jessop. Les analystes du Crédit Suisse First Boston tablent sur une appréciation de l’euro au deuxième semestre 2002, une fois que la Fed aura terminé son cycle d’assouplissement monétaire. «Historiquement, le billet vert a tendance à se déprécier quand les cycles de baisse des taux de la Fed touchent à leur fin», rappellent-ils. Pas question de crier victoire pour autant. «2002 restera dominé par l’état de santé de l’économie américaine», prévient Shamal Karma. «Tant que l’euro n’arrivera pas à gagner une crédibilité propre, reposant sur les performances de l’Europe, je ne crois pas à un redressement durable au-dessus de la parité». Michael Klawitter, analyste à West LB, rappelle qu’il reste des questions-clés à régler en Europe : l’élargissement de l’Union et les réformes structurelles dans la zone.
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