L’ex-dictateur chilien Augusto Pinochet, âgé et malade, a débuté l’année en étant assigné à résidence et la termine dans l’attente du verdict de la Cour suprême sur la tenue ou non d’un procès sur les crimes commis pendant son régime. «Nous pensons que la Cour suprême se prononcera en janvier», a déclaré Hugo Gutierrez, l’un des sept avocats des parties civiles dans l’affaire de la Caravane de la mort, une unité militaire ayant enlevé et exécuté 75 détenus politiques au lendemain du coup d’État militaire du 11 septembre 1973 contre le gouvernement du président socialiste Salvador Allende. Accusé d’être «l’auteur intellectuel» de ces 75 enlèvements et assassinats, le général Pinochet, qui dirigea son pays d’une main de fer de 1973 à 1990, a été inculpé le 29 janvier dernier par le juge Juan Guzman Tapia, qui l’assigna à résidence deux jours plus tard dans sa propriété de Bucalemu, située à 120 km au sud-ouest de Santiago. Ayant retrouvé sa liberté de mouvement après six semaines grâce au versement d’une caution, l’ex-dictateur, faisant aujourd’hui l’objet dans son pays de plus de 260 plaintes, a dû se résigner à la perspective de devoir faire face à des poursuites en justice. Celles-ci paraissaient encore totalement inimaginables avant son arrestation à Londres le 16 octobre 1998, à la demande du juge espagnol Baltasar Garzon, qui souhaitait obtenir son extradition vers l’Espagne afin de le juger pour des crimes commis sous sa dictature, ayant fait plus de 3 000 morts et disparus. Libéré pour «raisons humanitaires», en raison de la dégradation de son état de santé physique et mentale, Pinochet est rentré le 3 mars 2000 au Chili, où la Cour suprême l’a privé, en août suivant, de son immunité parlementaire, acquise lorsqu’il était devenu sénateur à vie après avoir quitté ses fonctions de commandant en chef des forces armées en 1998. Ses avocats ont invoqué également la détérioration de son état de santé mentale pour stopper la procédure judiciaire lancée à son encontre par le juge Guzman pour les crimes commis par la Caravane de la mort. Affection cardio-vasculaire et diabète Leur donnant satisfaction, la Cour d’appel de Santiago a suspendu le 9 juillet les poursuites contre l’ex-dictateur, aujourd’hui âgé de 86 ans et atteint de plusieurs maladies, dont une affection cardio-vasculaire et un diabète. La Cour suprême a cependant accepté en août d’examiner un recours en cassation présenté par les avocats des parties civiles. En acceptant la révision du dossier, la Cour suprême a repoussé l’argument invoqué par la Cour d’appel selon lequel «l’évaluation neurologique, psychiatrique et neuropsychologique» du général Pinochet démontre qu’il n’est pas en état d’affronter un procès. Dans sa décision, la Cour d’appel avait fait nommément mention d’une «démence d’ordre vasculaire» permettant, selon l’article 409 du code de procédure pénal chilien, la «suspension temporaire» des poursuites, tant que cette affection se prolonge. L’ex-dictateur est également menacé de poursuites judiciaires en Argentine et en France, où des juges souhaitent le voir répondre de crimes lui étant imputés. En Argentine, la juge Maria Servini de Cubria tente d’obtenir son extradition afin qu’il réponde de l’assassinat, à Buenos Aires le 30 septembre 1974, de l’ex-chef des forces armées chiliennes, le général Carlos Prats, tué avec son épouse Sofia Cuthbert par l’explosion d’une bombe placée sous sa voiture. En France, le juge Roger le Loir, chargé de l’enquête sur la disparition de cinq citoyens français au Chili sous la dictature, a lancé un mandat d’arrêt international contre le général Pinochet et plusieurs de ses collaborateurs. Selon l’avocate française Sophie Thonon, qui s’est entretenue récemment à Santiago avec le juge Guzman, la justice française devrait présenter une demande d’extradition de l’ex-dictateur au cours des trois prochains mois.
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