Les forces armées ont été absentes de la scène politique dans les événements sanglants de la semaine passée en Argentine, un fait dû à la fois à l’échec de la dernière dictature militaire (1976-83) et à la crise économique, selon des analystes. «Il ne peut y avoir de coup d’État, car l’armée s’est supprimée elle-même. Elle n’a plus d’armes et ne constitue plus une force, matériellement parlant», affirme l’historien péroniste Fermin Chavez, interrogé sur l’attitude des militaires face au vide du pouvoir constaté notamment pendant les émeutes de mercredi et jeudi. Il estime que, depuis le gouvernement du président Carlos Menem (1986-96), «les militaires sont devenus de simples fonctionnaires de l’État» et leur pouvoir a également diminué avec la suppression de la conscription. M. Chavez, défenseur du péronisme historique, ajoute que la tenue à l’écart des militaires est également la conséquence de la mauvaise expérience que l’armée a vécue après sa prise du pouvoir en 1976. «Cela ne leur donne pas envie de recommencer», dit-il. Le sociologue Oscar Landi affirme de son côté qu’«une raison importante de l’absence de l’armée sur la scène politique est la crise économique qui l’a affaiblie à tel point qu’elle n’a même pas assez d’essence pour faire sortir ses chars des casernes». Il considère que depuis l’échec de la dernière dictature militaire, «aussi bien du point de vue de sa gestion politique que de sa capacité technique lors de la guerre des Malouines contre la Grande-Bretagne en 1982, l’armée n’est plus un grand acteur». Sa perte de prestige s’est encore accentuée «à l’avènement de la démocratie lors des procès des juntes militaires, qui ont fait apparaître au grand jour les méthodes de répression du terrorisme d’État». Pour Luis Moreno Ocampo, ancien procureur adjoint lors du procès des chefs militaires de la dictature, «il ne vient à l’idée de personne que l’armée puisse envisager un coup d’État face à un vide du pouvoir en Argentine». Les forces armées sont restées silencieuses pendant les troubles sociaux des derniers jours, qui ont conduit à la démission du président Fernando de la Rua, contraint d’imposer l’état de siège. Par le passé, ce type de situation avait déclenché l’intervention immédiate des militaires. Le gouvernement n’a envisagé à aucun moment de faire appel à l’armée pour réprimer les troubles. Les militaires ont pris cinq fois le pouvoir en Argentine au siècle dernier : en 1930, 1955, 1962, 1966 et 1976.
Les forces armées ont été absentes de la scène politique dans les événements sanglants de la semaine passée en Argentine, un fait dû à la fois à l’échec de la dernière dictature militaire (1976-83) et à la crise économique, selon des analystes. «Il ne peut y avoir de coup d’État, car l’armée s’est supprimée elle-même. Elle n’a plus d’armes et ne constitue plus une force, matériellement parlant», affirme l’historien péroniste Fermin Chavez, interrogé sur l’attitude des militaires face au vide du pouvoir constaté notamment pendant les émeutes de mercredi et jeudi. Il estime que, depuis le gouvernement du président Carlos Menem (1986-96), «les militaires sont devenus de simples fonctionnaires de l’État» et leur pouvoir a également diminué avec la suppression de la conscription. M. Chavez,...
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