Larmes de désespoir aux yeux, une femme aux cheveux gris erre, l’air affolée. Elle a perdu le coupon qui lui donne droit à une aide alimentaire et a quatre bouches à nourrir. Bibico, pathétique dans ses haillons, est au nombre des centaines de Kaboulies qui font la queue dans une cour pour un sac de grains donné par le Programme alimentaire mondial (PAM). «Il y a eu une telle bousculade que je suis tombée par terre et j’ai perdu mon coupon. Je n’arrive pas à le retrouver, aidez-moi», implore-t-elle, l’air hagard. Elle a levé son voile sur la figure et inspire la pitié. Ses quatre petits-enfants, âgés de trois à sept ans, attendent à la maison. Leurs parents sont en exil en Iran. Dans ce centre du district de Mikrorayon, en face de sinistres habitations de béton gris construites par les Soviétiques, de longues lignes de femmes attendent leur tour. Visage caché par la burqah bleue, que toutes les femmes continuent de porter malgré la chute des talibans qui avaient imposé ces robes en forme de cloche, elles se bousculent pour gagner une place. «C’est difficile d’avoir cette nourriture, car il y a trop de gens. Mais nous en avons besoin. Nous sommes dix dans la famille, aucun n’a de travail», dit Nargis, 16 ans, les doigts crispés sur son coupon. Le PAM, qui a commencé à distribuer son aide d’urgence dimanche dernier aux habitants de la capitale, avait dû suspendre ses opérations du fait des bagarres générales entre candidats à la distribution. Après 23 ans de conflit en Afghanistan, les habitants restés dans la capitale sont pauvres, la plupart des familles les plus riches étant parties en exil. Les détenteurs du coupon ont droit à un sac de 50 kilogrammes pour quinze jours. Les queues de Mikrorayon étaient relativement calmes jeudi, alors que les distributions étaient surveillées par des civils armés de bâtons et de combattants de l’Alliance du Nord équipés de leurs éternelles Kalachnikov. Mercredi, la distribution avait dû être interrompue du fait de la foule, a déclaré un représentant du PAM sur place, Khalil Ullah. «Nous dépendons de nos partenaires qui aident à la distribution. Si nous avons assez de personnel, nous pouvons le faire. Sinon, quand les gens s’inquiètent qu’il n’y en aura pas assez pour tout le monde, ils deviennent désespérés», explique-t-il. «J’ai entendu dire que dans d’autres quartiers de la ville il y a eu des femmes blessées», ajoute Ullah. Jusqu’à présent, deux tiers des 200 000 maisonnées de Kaboul ont reçu l’aide après l’accroissement par le PAM du nombre de centres de distribution, de 16 à 21. Mais un porte-parole des Nations unies, Yussuf Hassan, a reconnu que la population de la ville continuerait longtemps encore à se battre pour l’aide alimentaire. «Ils ont faim. Si vous étiez dans leur situation, vous feriez comme eux», dit-il. Une femme dans la queue, Malalai, dit que beaucoup de gens pensent qu’il s’agit de la dernière distribution, sans pouvoir expliquer pourquoi. «Mon mari n’a pas de travail et nous avons quatre enfants. Je ne gagne qu’un tout petit peu d’argent en faisant de la couture», dit-elle. Nasreen, 28 ans, professeur de formation, interdite de travail du temps des talibans, n’a pas récupéré son emploi. Elle critique l’aide humanitaire. «La situation est très mauvaise. Chacun veut manger correctement, mais ils ne donnent que du grain. La communauté internationale ne nous aide pas assez. Pourquoi pas de la farine, de l’huile et du bois de chauffe», demande-t-elle. «Dans un pays aussi pauvre que celui-ci, nous avons besoin de plus d’aide», ajoute cette mère de trois enfants.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Larmes de désespoir aux yeux, une femme aux cheveux gris erre, l’air affolée. Elle a perdu le coupon qui lui donne droit à une aide alimentaire et a quatre bouches à nourrir. Bibico, pathétique dans ses haillons, est au nombre des centaines de Kaboulies qui font la queue dans une cour pour un sac de grains donné par le Programme alimentaire mondial (PAM). «Il y a eu une telle bousculade que je suis tombée par terre et j’ai perdu mon coupon. Je n’arrive pas à le retrouver, aidez-moi», implore-t-elle, l’air hagard. Elle a levé son voile sur la figure et inspire la pitié. Ses quatre petits-enfants, âgés de trois à sept ans, attendent à la maison. Leurs parents sont en exil en Iran. Dans ce centre du district de Mikrorayon, en face de sinistres habitations de béton gris construites par les Soviétiques, de longues...