Grimaçant de douleur en regardant ses blessures et récitant des versets du Coran, Abdul Rehman, combattant arabe, se dit prêt toujours à mourir en martyr malgré la défaite totale des talibans en Afghanistan. Rehman a été transporté à l’hôpital de Quetta (ouest du Pakistan) avec quatre autres combattants arabes grièvement blessés dans les bombardements aériens américains sur l’aéroport de Kandahar (sud de l’Afghanistan), avant la capitulation des talibans vendredi dernier. Mais il affirme depuis son lit d’hôpital que les talibans ne sont «pas finis» et que lui et ses frères d’armes sont toujours prêts à mourir pour la cause. «Nous n’avons rien à perdre. Si je meurs, je deviens un martyr à qui Allah a promis le paradis. Si je survis, je suis un vainqueur», dit-il. Rehman, originaire des Émirats arabes unis, explique être venu en Afghanistan pour créer un pays islamique «pur». «J’ai une maison dans les Émirats et je conduisais une voiture de marque. Pourquoi ai-je quitté mon pays ? Parce que je voulais voir le véritable islam», dit-il. «L’islam offre des solutions à tous les problèmes. La politique, l’économie, la démocratie et même le socialisme sont présents dans l’islam», dit-il. «C’est une religion divine et Allah ne fait jamais d’erreur». «C’est ainsi que nous sommes venus en Afghanistan et que nous avons demandé à des musulmans du monde entier de nous rejoindre et de coopérer à la construction de la société afghane», affirme Rehman. Le combattant arabe dément tout lien avec le réseau el-Qaëda d’Oussama Ben Laden, mais il dénonce violemment les bombardements américains déclenchés contre l’Afghanistan il y a plus de deux mois. «Les États-Unis ont tué des milliers d’innocents juste parce qu’ils sont musulmans», dit-il. «Ils ont largué des bombes sans identifier les cibles, ont rasé des bâtiments et des maisons en terre de pauvres Afghans». «Beaucoup de corps ont été pulvérisés et nous ne pouvions pas même retrouver un doigt de la victime pour organiser un enterrement islamique», affirme le combattant. Rehman partage sa salle d’hôpital avec Mohammad Mehand et Salahuddin, originaires du Yémen, et Abdul Karim et Saaduddin, des Soudanais, tous âgés d’une trentaine d’années et portant la barbe. Mehand a dû être amputé d’une jambe. Il refuse de parler et cache sa tête sous une couverture. Salahuddin vient juste d’être ramené de la salle d’opérations où les médecins lui ont retiré des balles de l’épaule et des jambes. Il était encore inconscient. Rehman souffre de multiples fractures au menton et de blessures par balles à la jambe et explique qu’il veut être transféré vers un meilleur hôpital dans la ville de Karachi (sud du Pakistan). «Je suis prêt à payer les frais de transport mais ils ne m’écoutent pas. Je sais qu’ils vont m’amputer aussi ou alors je vais mourir», dit-il. Mais le jeune homme s’interrompt soudain et demande l’heure. «Excusez-moi, dit-il, je n’ai pas dit mes prières de l’après-midi». Après les prières, il rend hommage au chef suprême des talibans, le mollah Mohammad Omar, en fuite depuis la chute de Kandahar. «Je l’ai rencontré une fois. Je n’ai jamais vu une personne aussi merveilleuse de ma vie». Le combattant des Émirats assure également que des partisans des talibans sont présents dans tous les foyers afghans et sont prêts à agir. «Mon frère, je crois fermement que nous allons gagner. Mais ne me demande pas comment».
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