Les pays donateurs d’aide à l’Afghanistan ont commencé à ébaucher un cadre pour l’aide humanitaire d’urgence et de long terme à l’Afghanistan, hier, au second jour de leur conférence à Berlin, déblayant ainsi le terrain pour leur prochaine rencontre à Tokyo en janvier. Au vu des incertitudes persistantes sur l’issue de la crise politique en Afghanistan, les participants se sont gardés de dresser un projet précis et de chiffrer les besoins de l’aide humanitaire immédiate et de celle à la reconstruction. En revanche, ils ont souligné l’importance d’une bonne coordination et ont tiré l’alarme sur des questions pratiques, au lendemain de la signature à Bonn d’un accord sur une transition politique en Afghanistan. De la qualité de la coopération avec la nouvelle administration afghane dépendra l’efficacité du soutien apporté, a jugé le chargé de mission de l’Unicef Nigel Fischer, en marge de la conférence qui se déroulait à huit clos. Cette coopération sera d’autant meilleure que les pays donateurs, les agences humanitaires de l’Onu et les ONG agiront de manière coordonnée, notamment par l’intermédiaire du Groupe de soutien à l’Afghanistan créé en 1996, ont estimé les participants selon un communiqué du ministère allemand des Affaires étrangères. Tour à tour, les participants ont fait des propositions et énuméré pêle-mêle les difficultés pratiques qu’ils craignent en particulier pour l’organisation de l’aide humanitaire d’urgence et du retour des réfugiés et leur réintégration dans la société afghane. «Le retour chez eux des Afghans réfugiés dans des pays limitrophes ne sera pas organisé avant le printemps», a indiqué un porte-parole du Haut-Commissariat de l’Onu pour les Réfugiés (HCR) Stefan Teloeken. La réinstallation prendra «plusieurs années», a-t-il relevé. Une partie des personnes déplacées sont déjà sur le chemin du retour, mais ils se heurtent à l’arrivée de l’hiver et à l’insécurité persistante dans beaucoup de régions, a précisé M. Teloeken. Or leur réinstallation est cruciale pour l’économie d’un pays ravagé par plus de vingt ans de guerre, a-t-il ajouté. Un Afghan sur cinq est réfugié à l’étranger ou déplacé à l’intérieur de l’Afghanistan, selon le HCR. De son côté, l’Unicef a attiré l’attention sur la situation catastrophique des enfants, dont «100 000 ne survivront pas à l’hiver en Afghanistan si leurs familles ne reçoivent pas immédiatement une aide extérieure». L’agence humanitaire de l’Onu chargée de la protection de l’enfance a évalué ses besoins à 110 millions d’euros jusqu’à la fin mars 2002. Autres thèmes à l’ordre du jour de la réunion : la reconstruction des institutions et le renforcement et la garantie des droits de l’homme, en particulier des droits de la femme, selon le communiqué publié jeudi soir. En outre, les participants ont invité les pays limitrophes de l’Afghanistan à faire part des difficultés que la guerre et le flux de réfugiés ont généré chez eux. Mercredi, l’administrateur du Programme des Nations unies pour le développement, Mark Malloch-Brown, avait jugé qu’un soutien à l’Afghanistan sera nécessaire sur «quatre ou cinq ans» et que son ampleur dépendra de l’application par les Afghans des engagements pris à Bonn. L’Afghanistan aurait besoin de 6,7 milliards d’euros au total (6 milliards de dollars) pour sa reconstruction sur cinq ans, avait par ailleurs indiqué l’expert pour l’Afghanistan du ministère allemand de la Coopération et du Développement, Michael Bohnet. Son pays préside la conférence des donateurs jusqu’à la fin de l’année.
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