Les pays arabes redoutent une volte-face des Américains qui pourraient revenir, après leurs succès enregistrés en Afghanistan, à la politique de désengagement qu’ils observaient au Proche-Orient avant les attentats du 11 septembre, estiment les analystes. Entre le «concept» d’un État palestinien exprimé dès le 2 octobre par le président George W. Bush, et l’acceptation tacite mardi par le secrétaire d’État américain Colin Powell des raids massifs israéliens sur les territoires, les Arabes voient l’annonce d’une trahison américaine, expliquent les commentateurs. «Le Premier ministre (israélien Ariel) Sharon (...) réplique d’une manière qu’il juge appropriée pour défendre son peuple et son pays», a déclaré mardi le chef de la diplomatie américaine à propos de la riposte israélienne, d’une ampleur sans précédent depuis la création de l’Autorité palestinienne en 1994, aux attentats revendiqués par le mouvement palestinien Hamas, qui ont fait 31 morts. Il a ajouté que «le président Yasser Arafat peut faire beaucoup plus» pour enrayer les attaques-suicide sur Israël. Pour l’éditorialiste égyptien Salama Ahmed Salama, du journal gouvernemental al-Ahram, «les Américains montrent leur vrai visage», face aux événements qui se précipitent au Proche-Orient. Ils recherchaient l’appui des régimes arabes après le 11 septembre pour bâtir une coalition antiterroriste et devaient faire preuve de bonne volonté à l’égard des Palestiniens, mais «avec les succès qu’ils enregistrent en Afghanistan, ils ne se sentent plus obligés de faire quoi que ce soit», estime-t-il. Par ailleurs, le gouvernement américain «a toujours besoin du soutien du Congrès et du lobby juif», pour poursuivre la traque de l’islamiste Oussama Ben Laden, et «doit donc soutenir Sharon», a ajouté M. Salama. Exprimant l’inquiétude d’un «lâchage» par les Américains, le ministre égyptien des Affaires étrangères Ahmed Maher a annoncé mercredi qu’il a demandé à Colin Powell «de faire pression sur Israël pour qu’il mette un terme à ses actes contre le peuple et les dirigeants palestiniens». Il a rappelé à M. Powell ses promesses, lui demandant d’agir «selon le discours qu’il a donné dernièrement». M. Powell avait demandé en novembre aux Palestiniens de cesser la violence et à Israël de mettre fin à la colonisation des territoires occupés, en annonçant l’envoi dans la région d’émissaires, dont Anthony Zinni. La poursuite de la mission de M. Zinni, qui n’a pu qu’assister à un déchaînement de la violence depuis son arrivée, fait maintenant l’objet de discussions au sein de l’Administration américaine. M. Powell a enfin été saisi de la même «profonde inquiétude» mercredi par le roi Abdallah II de Jordanie, qui a insisté sur l’importance d’une poursuite des efforts américains dans la région. Pour le chercheur d’origine libanaise Antoine Basbous, «c’est la ligne dure qui reprend le dessus» aux États-Unis qu’on croyaient pourtant acquis à l’idée que la lutte contre le terrorisme international passe par des solutions urgentes au Proche-Orient. «On aurait pu penser que les attentats du 11 septembre, que je condamne, provoqueraient un examen de conscience aux États-Unis, mais il n’en est rien», estime M. Basbous, qui dirige en France l’Observatoire des pays arabes. «Les Américains ne croient pas beaucoup aux perspectives d’une politique au Proche-Orient et ne croient pas en Yasser Arafat. Ils vont laisser faire Sharon, et leur priorité, c’est Ben Laden et les talibans», ajoute-t-il. On assiste selon lui sur le terrain à une «parité de la terreur, avec les Israéliens qui utilisent des bombes américaines, auxquelles les Palestiniens ripostent par des bombes humaines». Une situation sans issue, car «il n’y a pas de solution sécuritaire».
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