Le western n’a aucun rival, en ce sens qu’il est le seul genre de création cinématographique qui adhère aussi pleinement à une épopée nationale, à un mode de vie tout à fait spécifique. Le western est un film d’action qui met en valeur les vastes espaces, plaines et prairies du Far West et qui évoque les épisodes les plus importants et les plus pittoresques de la conquête de l’Ouest par les colons et de la pacification de ces contrées primitives et sauvages. Le western n’est certes pas né avec le cinéma. De l’Histoire avec une majuscule, l’épopée de l’Ouest est rapidement passée à la littérature et la «western story» a fait florès avec les auteurs plus ou moins illustres (Bret Harte, Zane Grey, Peter B. Kyne, Emerson Hough, Clarence Mulford). En même temps – ne l’oublions pas – les États de l’Union retentissaient des chants folkloriques du Wild West, diffusés par les cow-boys et les «rangers». Faut-il rappeler l’immense succès de My Darling Clementine ou de Oh, Suzanna? Pourtant, le western n’aurait jamais connu une vogue universelle sans le cinéma. Les innombrables «western stories» passionnaient les lecteurs juvéniles du Nouveau Monde sans atteindre à la même popularité dans le reste du monde, les «saddle songs» franchissaient rarement les frontières de la grande république américaine. Le western cinématographique, tout au contraire, bénéficie d’une sorte d’auréole invincible, d’un prestigieux état de grâce, partout où le cinématographe a pénétré. Le western – certains écrivent régulièrement Western avec une majuscule pour souligner la noblesse du genre – a connu une évolution qui épouse assez exactement celle du cinéma lui-même. C’est, en 1903, que paraît l’ancêtre: le Vol du rapide. Tiré d’un mélodrame joué par tous les groupes de théâtre ambulant, le film d’Edwin S. Porter fut le premier à conter une aventure typique de l’Ouest: l’attaque d’un train transportant de l’or. Il engendre une longue lignée de drames de l’Ouest, interprétés par Broncho Billy (G.M. Anderson) et le débutant Tom Mix. Nouvelle étape victorieuse avec la réalisation en 1923-1924 de deux œuvres «gigantesques» reconstituant les aventures épiques les plus caractéristiques de la conquête de l’Ouest: la longue marche des colons dans la Caravane vers l’Ouest, de James Cruze, la construction du chemin de fer transcontinental dans le Cheval de fer, de John Ford. Dès lors, le western est entré dans les mœurs. On réalise maintenant film sur film, les grandes œuvres alternent avec les westerns B (dont le seul mérite consistait à présenter une vedette aimée du public). La mort inéluctable du cinéma muet a provoqué un grand malaise et nombreux furent les spécialistes qui prédisaient la disparition du western. Il n’en fut rien et, après une période transitoire consacrée principalement aux «singing boys», les films du Far West revinrent en grand nombre, magnifiés en quelque sorte par le son et la musique. La fidélité au western du public européen engendra un curieux phénomène, la création du genre bâtard «spaghetti-western». Camouflés sous des pseudonymes anglo-saxons, des cinéastes italiens tournèrent des faux westerns dans lesquels les éléments de pointe (violence et érotisme) furent poussés jusqu’au paroxysme. Alors que le western italien s’américanisait grâce à un Sergio Leone, certains cinéastes de Hollywood, notamment Sam Peckinpah avec Wild Bunch, multipliaient les scènes de violence jusqu’au sadisme. Le cas le plus extraordinaire est celui de Clint Eastwood. Interprète d’un médiocre feuilleton de télévision, il fut promu vedette par les réalisateurs de «spaghetti-western» et revint à Hollywood comme «star», producteur et réalisateur... La production des westerns a subi un ralentissement considérable au cours de ces dernières années. Il semble pourtant que le genre résistera aux fossoyeurs prématurés. Périodiquement, Hollywood revient à ce genre de création, qui représente un atout très sûr aussi bien sur le plan artistique que dans le domaine du commerce. On a pu dire, non sans raison, que si le cinéma venait à disparaître de notre civilisation, le western lui survivrait, car il est indissolublement lié à la vie affective de tout un peuple, à l’extraordinaire aventure de toute une nation. D’où son règne intemporel.
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