Avec l’avancée de l’Alliance du Nord, les États-Unis et la Grande-Bretagne croient davantage en leurs chances de capturer Oussama Ben Laden et comptent sur deux alliés sûrs : l’argent et la trahison. «Je suis convaincu que quelqu’un finira par le dénoncer», a déclaré hier le ministre britannique de la Défense Geoff Hoon. Le responsable britannique a ajouté «être persuadé qu’en fin de compte» les alliés mettront la main sur le chef islamiste, accusé par Washington d’avoir commandité les attentats du 11 septembre aux États-Unis. Une confiance aux antipodes du coup de blues du secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld, qui avait avoué fin octobre ses doutes sur les chances de capturer Ben Laden, estimant que cela revenait «à trouver une aiguille dans une botte de foin». L’élément nouveau dans la traque de l’homme le plus recherché de la planète, ce sont les avancées territoriales inattendues de l’Alliance du Nord, l’opposition armée aux talibans qui hébergent et protègent Ben Laden. «La traque va devenir beaucoup plus facile parce que (Ben Laden et le chef suprême des talibans, le mollah Mohammad Omar) vont avoir moins de place pour agir ou se cacher, à mesure que le territoire à leur disposition rétrécit», a relevé un dirigeant de l’Alliance du Nord, Younis Qanooni. Dès mardi, le Premier ministre britannique Tony Blair avait exprimé un prudent optimisme : «Notre capacité à retrouver (Ben Laden) a évidemment augmenté, le pouvoir et l’autorité du régime taliban qui le protégeaient étant en train d’être détruits». Le basculement du rapport de forces rend surtout plus vraisemblable que quelqu’un, quelque part en Afghanistan, finisse par trahir Oussama Ben Laden et révéler où il se cache. «Je crois que (les forces de la coalition) finiront par le capturer, par un mélange de chance et de corruption», estime John Garnett, directeur du Centre d’études de défense au King’s College de Londres. Les forces antitalibanes «peuvent tomber sur lui en “nettoyant” des groupes de combattants talibans. Ou alors Ben Laden peut être trahi en raison de la récompense énorme mise sur sa tête», ajoute cet expert. Les États-Unis ont promis 5 millions de dollars pour retrouver l’auteur présumé des attentats qui ont fait environ 5 000 morts à New York et à Washington. Washington et Londres espèrent que la débâcle des talibans leur amènera des défections en masse, et avec elles des indications sur Ben Laden qui ont fait cruellement défaut à ce jour. «Le renseignement est roi en la matière, mais le genre de renseignements dont disposaient les États-Unis jusqu’à présent était du renseignement à distance — avion-espion, satellite –, et ce n’est pas avec cela que vous allez capturer Ben Laden», relève John Garnett. Les supputations, en attendant, vont bon train sur l’endroit où Oussama Ben Laden pourrait se trouver. «Probablement dans les environs de Kandahar», le fief taliban du sud du pays, a lâché le ministre britannique des Affaires étrangères Jack Straw, mais sa petite phrase peut aussi bien avoir été destinée à brouiller les pistes. Le Daily Telegraph, habituellement bien informé en matière militaire, évoque plutôt les environs de Jalalabad en citant des sources américaines. La grande ville de l’Est se trouve en tout cas à cinq heures de route environ de Kaboul, le temps qu’il a fallu au journaliste pakistanais Hamid Mir pour être amené la semaine dernière, les yeux bandés, jusqu’au chef islamiste. Le Times relève enfin que les bombardements américains ont surtout visé la province de Paktia dans la nuit de mardi à mercredi, et le quotidien affirme que la traque se concentrerait désormais sur cette région au sud de Kaboul.
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