Des étudiants aux commerçants, les Palestiniens sont de plus en plus convaincus que leur rêve d’un État deviendra réalité, mais doutent de la sincérité des récents soutiens américain et britannique à ce projet. Nombreux sont ceux pour qui les prises de position du président américain George W. Bush et du Premier ministre britannique Tony Blair en faveur d’un État palestinien sont le fait d’une volonté d’apaisement dans la région, dans le cadre de leur guerre en Afghanistan, plus que de réelles préoccupations pour les Palestiniens. Mais après un peu plus de 50 ans de ce qu’ils considèrent comme une grande injustice, la création de l’État juif en 1948, ils sont déterminés à se battre jusqu’à obtenir un État dont les frontières soient reconnues par l’Onu, le droit au retour des réfugiés et Jérusalem-Est pour capitale. Pour Hassan Abou Hassira, 55 ans, qui tient un café à Gaza, l’espoir est réel. «Mes clients sont surtout des ouvriers et ces gens ont de l’espoir», dit-il. La plupart d’entre eux sont confrontés à une lutte quotidienne pour survivre après 14 mois d’intifada qui a coûté la vie à plus de 950 personnes, essentiellement des Palestiniens, et asphyxié l’économie palestinienne. Mais M. Hassira craint que le Premier ministre israélien de droite nationaliste Ariel Sharon reste sourd aux appels internationaux à la création d’un État palestinien. «Ce serait un désastre, si on échouait aujourd’hui, les pays du Proche-Orient sont les maillons d’une même chaîne», prévient-il. Pour un de ses clients, un employé de banque de 29 ans, Iyad al-Masri, les Palestiniens reconnaissent que M. Bush a «modifié sa position» mais ils ne constatent aucun changement sur le terrain. M. Bush, qui avait pris ses fonctions le 20 janvier, avait pour la première fois, début octobre, endossé l’idée de la création d’un État palestinien. Mais il exige du président palestinien Yasser Arafat qu’il lutte contre les mouvements palestiniens radicaux, qui ont mené de nombreuses opérations suicide au cours des derniers mois et assassiné le 17 octobre un ministre israélien d’extrême droite pour venger un de leurs dirigeants, lui-même assassiné par l’armée israélienne. M. Blair, dont le pays est l’allié le plus proche des États-Unis dans leur campagne en Afghanistan, a également plaidé en octobre en faveur de la création d’un État palestinien. «Nous constatons que l’Autorité palestinienne perd le contrôle de territoires qui sont les nôtres en vertu des accords (d’autonomie) d’Oslo. Ils n’ont pas réussi à convaincre Israël de cesser ses attaques contre nous», explique M. Masri, évoquant une série d’incursions, d’une ampleur sans précédent, menées par Israël en zone autonome palestinienne en Cisjordanie au lendemain de l’assassinat de son ministre. «Je ne fais confiance ni à Tony Blair ni à George Bush. Ils parlent aujourd’hui d’un État palestinien, pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt ?», relève Hatem Abou Zakaria, un étudiant de l’Université al-Azhar de Gaza, accusant Washington et Londres de vouloir, depuis le 11 septembre, «en finir avec tous les groupes musulmans, ou terroristes selon leur conception, car tous ces groupes se servent de la cause palestinienne». «Personne n’aime la mort. Notre objectif n’est pas de commettre des attentats suicide», indique Ramzi Kollab, 29 ans, diplômé en droit. «Si les Israéliens ne se sentent plus en sécurité (...), ils verront ce que c’est que de perdre l’espoir: ils feront tout pour la retrouver».
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