Le Pakistan, allié des États-Unis mais aussi dernier pays du monde à entretenir des relations diplomatiques avec les taliban, a fini par demander mardi à l’ambassadeur taliban à Islamabad de mettre une sourdine à sa «propagande» antiaméricaine. Convoqué mardi au ministère des Affaires étrangères, Abdul Salam Zaeef, l’ambassadeur taliban, s’est vu sommé de «respecter les conventions diplomatiques et de cesser sa propagande contre un pays tiers entretenant des relations amicales avec le Pakistan», autrement dit les États-Unis. Il n’a pas été explicitement demandé à M. Zaeef de cesser de donner ses conférences de presse quotidiennes, mais ce rappel à l’ordre constitue «le premier avertissement sérieux» d’Islamabad à l’encontre de la représentation talibane, selon un observateur. Au lendemain des attentats terroristes du 11 septembre, l’Arabie séoudite et les Émirats arabes avaient rompu leurs relations diplomatiques avec Kaboul. Le Pakistan est resté le dernier pays du monde à abriter une ambassade talibane, même si, selon la formule du président pakistanais Musharraf, les liens se sont «refroidis» au cours des dernières semaines. «C’est un fait que les relations entre le Pakistan et les taliban ne sont pas des meilleures à l’heure actuelle», estime Mohammed Afzal Niazi, un expert en défense pakistanais. «Mais je soupçonne que ce rappel à l’ordre s’est fait sous pression américaine. Car après tout, l’ambassadeur taliban est régulièrement accrédité et il n’a jamais critiqué le pays hôte», ajoute M. Niazi. Interrogée hier, l’ambassade américaine s’est bornée à déclarer qu’elle ne «commentait pas une affaire pakistanaise». «Islamabad est placée dans une situation paradoxale : elle ne veut pas couper le seul lien entre les taliban et le monde extérieur, mais, en tant qu’alliée des États-Unis dans la guerre, elle doit rappeler son hôte taliban à certaines règles», estime pour sa part Shakil Shaikh, journaliste au quotidien The News. Les conférences de presse de l’ambassadeur taliban sont une des grandes attractions d’Islamabad. Journalistes pakistanais et occidentaux s’y pressent pour écouter l’impavide Abdul Salam Zaeef donner le décompte taliban des victimes civiles en Afghanistan, annoncer la perte d’hélicoptères américains ou encore accuser les États-Unis de «génocide». Ces déclarations irritent au plus haut point les États-Unis, contraints de réagir avec plusieurs heures de retard en raison du décalage horaire à des informations faisant état de «1 500 civils morts», «7 appareils américains abattus» ou «95 morts dans les rangs américains». La conférence de Zaeef «est pourtant une des rares possibilités de prendre le pouls de l’opinion talibane», insiste M. Shaikh, estimant que «l’ambassadeur a le droit d’exprimer ses vues» sur le conflit en cours. Pour tenter de contrer «la propagande et la désinformation talibane», l’ambassade américaine a publié mardi un «catalogue de mensonges», listant diverses assertions talibanes faites au cours des dernières semaines. Les mentions «faux» ou «non confirmé de source indépendante» sont inscrites dans une colonne voisine.
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