Le Parlement israélien devrait lever aujourd’hui l’immunité parlementaire du député arabe israélien Azmi Bichara à la suite de ses déclarations en Syrie pour la «résistance populaire» contre Israël, a-t-on annoncé hier de sources parlementaires. La levée de l’immunité – une sanction quasiment sans précédent pour un tel motif – a déjà été recommandée hier par une commission interne de la Knesset (Parlement). Compte tenu du rapport des forces à la Knesset, en faveur de la droite nationaliste, cette recommandation devrait être adoptée au cours de la session en séance plénière prévue pour aujourd’hui après-midi et soir. Elle devait d’abord être examinée dès hier soir. «C’est mon droit d’expliquer et de justifier la résistance à l’occupation israélienne et je continuerai à le faire», a déclaré à la télévision le député arabe israélien. Il a qualifié la sanction de «manœuvre politique» pour étouffer la contestation au sein du million d’Arabes israéliens. Lors du vote au sein de la commission interne, une forte majorité de 14 députés de droite et religieux s’est prononcée en faveur de la levée de l’immunité alors que seuls six parlementaires travaillistes, arabes et du Meretz (opposition de gauche) ont voté contre cette sanction. En août, le conseiller juridique du gouvernement, Eliakim Rubinstein, avait annoncé qu’il allait présenter un acte d’accusation à l’encontre de M. Bichara dont les propos en Syrie contre Israël avaient provoqué un tollé. M. Rubinstein voulait inculper le député Bichara pour «soutien au Hezbollah» et «organisation de voyages illégaux d’Arabes israéliens en Syrie», a indiqué un porte-parole du ministère de la Justice. Mais pour que cette décision soit suivie d’effet, M. Rubinstein, qui joue également le rôle de procureur général de l’État, avait demandé au Parlement de lever l’immunité parlementaire de M. Bichara pour permettre les poursuites. Lors d’une cérémonie marquant le premier anniversaire de la mort du président syrien Hafez el-Assad à Kardaha, M. Bichara avait appelé les pays arabes à adopter une position unifiée susceptible de permettre aux Palestiniens de «poursuivre la résistance» contre Israël. À son retour de Syrie, M. Bichara avait été interrogé par la police israélienne pour ces propos jugés anti-israéliens. Unique député du parti Balad, de tendance nationaliste arabe, M. Bichara s’est rendu à plusieurs reprises en Syrie, bien que ce pays soit formellement en état de guerre avec Israël qui occupe le plateau du Golan depuis 1967. En novembre 2000, il avait rencontré à Damas le président Bachar el-Assad et avait organisé un voyage pour permettre à des familles arabes israéliennes de revoir leurs proches et parents réfugiés en Syrie, pour la première fois depuis la création de l’État d’Israël en 1948. Les Israéliens n’ont pas le droit de se rendre en Syrie, sauf accord préalable de leurs autorités. La Syrie de son côté n’a jamais accepté de visite d’Israéliens juifs. La police israélienne affirme que les services secrets syriens et des organisations palestiniennes en lutte contre Israël exploitent ces visites pour recruter des agents au sein de la population arabe israélienne et recueillir des renseignements. Le Parlement israélien n’a levé qu’une seule fois l’immunité d’un député pour des motifs politiques, celle d’un député arabe israélien il y a une quinzaine d’années, mais cette sanction avait été annulée par la Cour suprême, a indiqué le professeur de droit constitutionnel Claude Klein, qui a mis en garde contre le risque d’une telle sanction pour un système démocratique.
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