Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologies

La Turquie divisée - sur l’envoi de troupes

La Turquie, pays musulman à 99 %, était divisée hier sur la décision du gouvernement d’envoyer une unité d’élite dans le conflit afghan, certains saluant une attitude historique quand d’autres dénonçaient un choix dangereux. La Turquie est devenue jeudi le premier pays musulman à fournir un soutien militaire en hommes à la campagne menée par les Américains en Afghanistan, en mettant à disposition 90 soldats des forces spéciales à la demande de Washington. «Cette décision est dans la continuation de la politique récurrente de la Turquie qui demeure aux côtés de l’Occident et des États-Unis», déclare Huseyin Bagci, professeur de relations internationales. «Cela portera des fruits tant en politique étrangère que dans les affaires internes du pays». «C’est en première ligne que nous devrions être !», clamait hier le quotidien à grand tirage Hurriyet en écho aux remarques du Premier ministre Bulent Ecevit. Ce dernier voulait que la Turquie, seul membre de l’Otan à être majoritairement musulman, prenne une part active à la lutte contre le terrorisme. Suscitant régulièrement la colère de ses voisins arabes, la Turquie, dont le régime est strictement laïc, s’est toujours posée en parfait allié de l’Occident, dans une région stratégique où elle sert d’interface entre Balkans, Proche-Orient et Caucase. Un autre spécialiste des relations internationales, Suha Bolukbasi, a confié que le gouvernement entendait maintenant «tabler sur le soutien américain auprès des Européens pour les convaincre d’accélerer l’intégration de la Turquie à l’Union européenne», à laquelle elle est candidate malheureuse depuis longtemps. Beaucoup estiment que la contribution de la Turquie pourrait ouvrir les robinets de l’aide économique internationale, alors qu’Ankara lutte contre une profonde crise économique. «Il y aura des retombées économiques», estime le professeur Bagci, confirmant les attentes des marchés qui espèrent que les bailleurs de fond étendront l’aide économique à la Turquie. Ankara bénéficie déjà d’un crédit de plusieurs milliards de dollars du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Mais Fehmi Koru, du journal conservateur Zaman, décrit cette perspective de coup de pouce économique comme une «carotte... se balançant au bout de la route». Le Parti islamiste de la justice et du développement (AK) a demandé que le gouvernement démissionne immédiatement si la décision d’envoyer des hommes en Afghanistan faisait partie d’une négociation pour une contrepartie sonnante et trébuchante. Salih Kapusuz, membre de ce parti, a affirmé son «opposition à ce que les soldats turcs tournent leurs armes contre le peuple afghan», a-t-il dit. «Nous regrettons cette décision car les militaires turcs vont devenir des pions servant à tuer des populations musulmanes innocentes», selon Ahmet Selamet, de l’organisation de défense des droits de l’homme d’obédience islamiste Mazlumder. «Les efforts de la Turquie de renforcer ses relations avec le monde musulman vont devenir de plus en plus difficiles désormais», a-t-il ajouté. Le gouvernement a annoncé que ses soldats participeront à l’entraînement des forces antitalibanes ainsi qu’à des missions humanitaires. Cependant, des responsables ont indiqué qu’il était «difficile de prévoir sur quoi les événements pourraient déboucher», en réponse à une question sur les risques d’implication dans des combats. D’autres critiques évoquent la possibilité qu’Ankara connaisse des troubles sur son territoire à la suite de cet engagement, des sondages indiquant que l’opinion publique s’oppose à une action militaire de la Turquie. Mais un responsable du gouvernement, préférant garder l’anonymat, a rappelé que «le Parlement, qui représente le peuple, a autorisé le gouvernement à envoyer des troupes à l’étranger», le 10 octobre dernier.
La Turquie, pays musulman à 99 %, était divisée hier sur la décision du gouvernement d’envoyer une unité d’élite dans le conflit afghan, certains saluant une attitude historique quand d’autres dénonçaient un choix dangereux. La Turquie est devenue jeudi le premier pays musulman à fournir un soutien militaire en hommes à la campagne menée par les Américains en Afghanistan, en mettant à disposition 90 soldats des forces spéciales à la demande de Washington. «Cette décision est dans la continuation de la politique récurrente de la Turquie qui demeure aux côtés de l’Occident et des États-Unis», déclare Huseyin Bagci, professeur de relations internationales. «Cela portera des fruits tant en politique étrangère que dans les affaires internes du pays». «C’est en première ligne que nous devrions être !»,...