Les soldats britanniques mobilisés pour une intervention terrestre en Afghanistan s’efforceront de ne pas penser au douloureux précédent de la première guerre anglo-afghane (1839-1842) et aux 17 000 ressortissants de l’empire massacrés en quelques jours. Trois semaines après le début des frappes aériennes sur l’Afghanistan, la Grande-Bretagne, alliée de la première heure de Washington, est passée vendredi à la vitesse supérieure en mobilisant plusieurs centaines de fusiliers marins pour des opérations terrestres. À l’issue d’importantes manœuvres avec les forces omanaises, quelque 4 200 militaires britanniques, dont 200 commandos des Royal Marines, vont rester dans la région du Golfe, prêts à intervenir en Afghanistan. Les plus férus d’histoire de ces soldats de carrière ne peuvent ignorer que la Grande-Bretagne a connu, au milieu du XIXe siècle dans les montagnes afghanes, l’une des plus sévères défaites de son histoire. Les grandes puissances européennes se livraient à l’époque à une sévère lutte d’influence. Cherchant à se ménager un accès aux mers chaudes du Sud, la Russie lorgnait vers l’Afghanistan, zone-tampon entre l’empire des tsars et celui des Indes. Pour garantir la sécurité de ce dernier, joyau de la couronne, Londres décida de lancer une action préventive en Afghanistan. Une armée de 20 000 hommes, suivie de quelque 38 000 civils, prit sans trop de mal possession de Kaboul en août 1839, renversant au passage le roi Dost Mohammed. Confrontées à une armée de paysans-soldats, les troupes britanniques remportèrent une victoire facile... et trompeuse. À la place du roi Dost Mohammed, les Britanniques installèrent un gouvernement dirigé par un ancien roi d’Afghanistan, le shah Shuja, renversé quelques années auparavant. Alors que le gros des troupes avait regagné les Indes, les colons britanniques prirent leurs aises dans la capitale afghane. Mais trop préoccupés par les plaisirs et les mondanités, les nouveaux maîtres de Kaboul ne prêtèrent pas attention à la colère qui grondait au sein d’une population locale humiliée. Le fils du roi Dost Mohammed prit la tête de la révolte et les rebelles s’emparèrent de la capitale, obtenant la reddition sans condition des Britanniques, les poussant sur la route de l’exil. Auparavant, les insurgés assassinèrent quelques hauts dignitaires britanniques, pris complètement par surprise, et promenèrent la tête de l’un d’entre eux dans les rues de Kaboul. Une colonne de réfugiés britanniques prit la direction de Jalalabad, dans le but de regagner l’Inde. Mais rares sont ceux qui y parviendront : en quatre jours, quelque 13 000 ressortissants de l’empire furent massacrés par les maquisards afghans et 4 000 autres moururent de froid. Au total, 20 000 soldats britanniques et un nombre bien plus important de civils périrent au cours de ce premier conflit anglo-afghan. L’Angleterre, pourtant au faîte de sa puissance coloniale et militaire, venait de vivre sa première grande défaite, la plus spectaculaire à coup sûr. Mais les Britanniques, «sonnés» par la victoire de gens qu’ils considéraient comme un peuple d’illettrés, n’en restèrent pas là. En 1878, une «armée punitive» fut envoyée en Afghanistan avec pour mot d’ordre de soumettre le pays par la terreur. L’ordre fut exécuté : le magnifique bazar de Kaboul sera rasé et de nombreux combattants passés par les armes sans autre forme de procès. Victorieuses, les autorités britanniques imposèrent à Kaboul le traité de Gandamak par lequel Londres s’octroyait le contrôle de la politique étrangère afghane. Une autre révolte sera rapidement matée par les troupes britanniques qui appliquèrent à la lettre les directives du vice-roi des Indes, Lord Lytton : «Tuer toute personne armée comme de la vermine». Le pays était soumis, enfin, mais à quel prix.
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