Réduire ou pas la production de pétrole pour soutenir les cours, les pays exportateurs de pétrole voient leur belle entente, si solide quand il s’agissait de résister aux appels des consommateurs pour ouvrir leurs vannes et faire baisser les cours, se désagréger avec la chute des prix. Une batterie d’experts de nombreux pays producteurs, membres et non-membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, doivent se rencontrer aujourd’hui à Vienne, avant la réunion de l’Opep prévue le 14 novembre, pour envisager une coopération destinée à redresser les cours du brut. Selon la revue spécialisée Middle East Economic Survey (MEES), une proposition d’une nouvelle baisse de 750 000 à un million de barils/jour (mbj) sera discutée lors de cette réunion. «La perspective d’une nouvelle baisse de la production de l’Opep est de plus en plus envisagée», écrit le bulletin spécialisé édité à Chypre. Il souligne que «les pays membres de l’Opep commencent à respecter l’accord sur les quotas entré en vigueur le 1er septembre» lorsque l’Opep avait décidé de réduire sa production de 1 mbj. Mais «la principale question est de savoir si les pays non-membres du cartel contribueront à ces réductions, maintenant et l’année prochaine, pendant lesquelles la croissance économique mondiale pourrait demeurer lente», ajoute le MEES. Jusqu’à présent, les pays producteurs, membres ou non du cartel, ne parviennent pas à s’entendre sur une solution commune pour répondre à la chute des prix du baril depuis les attentats du 11 septembre aux États-Unis. Après une panique initiale, entraînant une flambée passagère des cours au-dessus de 30 dollars le baril, les prix n’ont cessé depuis de reculer pour tomber au plus bas en deux ans, autour de 20 dollars le baril, en raison des anticipations d’une forte baisse de la demande des pays industrialisés, menacés de récession. Le prix du «panier» Opep (composé de 7 bruts mondiaux), qui sert de référence à l’Organisation, est tombé sous les 19 dollars cette semaine, et stagne depuis plus de 20 jours sous 22 dollars, le plancher de la fourchette (22 à 28 dollars) que le cartel s’est fixé comme objectif. L’Indonésie mais aussi le Qatar, qui font figure de petits producteurs au sein du cartel, s’en sont particulièrement émus et ont appelé à une réduction des quotas de production de chaque membre pour faire remonter les cours. Le secrétaire général de l’Organisation, le Vénézuélien Ali Rodriguez, a aussi estimé, jeudi à Vienne, que l’Opep devait agir «rapidement» et a de nouveau brandi la menace du mécanisme d’ajustement du cartel, qui n’a toujours pas été déclenché. Les marchés s’attendent à une baisse prochaine de la production de l’Opep, alors que ses poids lourds comme l’Arabie séoudite et l’Iran semblent y être favorables, le président vénézuelien Hugo Chavez la chiffrant publiquement à un million de barils/jour. Mais le cartel en appelle aussi à la solidarité des pays producteurs non membres de l’Opep, qui restent pour l’instant sourds à sa requête. Depuis 1999, plusieurs pays non membres s’étaient associés aux décisions de l’Opep. Un appel qu’a rejeté la Norvège, premier exportateur de pétrole au monde hors Opep. «Le ministre (du Pétrole sortant, Einar Steensnaes) vient de dire que cette question n’était pas à son programme», a souligné jeudi son porte-parole. Quant à la Russie, 3e producteur mondial de pétrole, elle est «prête à tous les scénarios», selon le vice-Premier ministre Alexeï Koudrine. Mais si son économie reste encore largement dépendante des exportations énergétiques, elle n’est pas inquiète au point d’envisager de réduire sa production. Une position qui irrite certains membres du cartel, fâchés de voir certains profiter de l’occasion pour s’emparer de nouvelles parts de marchés. Si les producteurs non-Opep refusent de réduire ou de geler leur production de brut, alors que l’Opep envisage de limiter son offre, «nous pourrions avoir une guerre des prix», a ainsi menacé le président vénézuélien, Hugo Chavez, dont la brève rencontre d’à peine une heure avec le président mexicain Vicente Fox vendredi dans un hôtel de la ville provinciale mexicaine de Leon s’est terminée sans résultat. Le Mexique, 5e producteur mondial et qui n’appartient pas à l’Opep à la différence du Venezuela, a choisi depuis des semaines le mutisme sur l’affaiblissement des prix mondiaux.
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