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Actualités - Chronologies

Al-Jazira, la petite chaîne qui joue dans la cour des grands

«Al-Jazi... quoi ? Vous l’épelez comment ?» Cette réflexion, les correspondants à Washington de la chaîne qatariote d’informations continues en langue arabe ne l’entendent plus depuis quelques semaines. Dans une petite pièce, au 9e étage du National Press Building, un reporter s’affaire au téléphone. Devant l’écran de télévision qui retransmet un débat en arabe, deux techniciens tentent d’assembler un bureau tout neuf pour accueillir de nouveaux journalistes. «On attend des renforts», explique l’un deux. La rançon de la gloire, en quelque sorte, pour cette petite chaîne arabophone, pratiquement inconnue du paysage médiatique washingtonien avant le 11 septembre, et devenue depuis un point de passage obligé pour les responsables de l’Administration américaine. Après l’avoir copieusement critiquée, les responsables américains ont compris tout l’intérêt qu’ils pouvaient avoir à diffuser le point de vue américain à travers cette chaîne captée par au moins 35 millions de télespectateurs dans le monde arabe. Coup sur coup, deux hauts responsables de l’Administration Bush, le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, et la conseillère pour la Sécurité nationale de la Maison-Blanche, Condoleezza Rice, ont accordé un entretien à la chaîne. Ces interviews, d’une dizaine de minutes, ont fait l’objet de diffusions multiples. «Nous accueillerons le président Bush, s’il souhaite nous parler, ou n’importe qui d’autre», assure Mohammed Alami, un des trois journalistes en poste dans la capitale américaine, en précisant que «des discussions sont en cours» avec la Maison-Blanche en vue de réaliser un entretien avec le président américain. «Avant, il nous fallait supplier pour obtenir des interviews avec les responsables de l’Administration. On nous demandait constamment d’épeler notre nom», se souvient ce journaliste d’origine marocaine. «Aujourd’hui, les choses ont changé. La dernière fois que j’étais à la Maison-Blanche pour la conférence de presse du président Bush, nous avions un siège réservé avec l’inscription al-Jazira. C’est la première fois», confie-t-il. La «CNN arabe», comme on la surnomme, a réalisé un «coup de maître», estime-t-il, en ouvrant un bureau à Kaboul il y a deux ans, à l’époque où peu de gens s’intéressaient à l’Afghanistan. Depuis le début du conflit le 7 octobre, elle est la seule à pouvoir diffuser vers le monde extérieur des images en provenance des zones sous contrôle taliban. Comme les messages vidéos préenregistrés d’Oussama Ben Laden laissés devant la porte du bureau de la chaîne à Kaboul et qui ont irrité au plus haut point l’Administration américaine. À tel point même que le secrétaire d’État américain Colin Powell s’était plaint de la couverture de la chaîne auprès des dirigeants qatariotes. «C’est absolument faux de dire que nous avons encouragé des sentiments antiaméricains ou que nous avons donné le point de vue des taliban sur les attentats sans donner la réponse américaine», se défend pourtant M. Alami. Les correspondants d’al-Jazira à Washington se sont d’autant plus offusqués des pressions américaines qu’ils se targuent d’être des journalistes professionnels, soucieux de la liberté de presse et formés aux canons du journalisme occidental. La plupart ont étudié dans des universités américaines. Deux d’entre eux ont travaillé pendant des années pour la Voix de l’Amérique (VOA), dont le chef du bureau, Hafez el-Mirazi, d’origine égyptienne, et le dernier pour la BBC. Les critiques ne manquent pas non plus en provenance des pays arabes. «Ils nous reprochent de nous faire le porte-voix des États-Unis», relève, amusé, M. Alami. «C’est l’une de ces règles d’or: si on est critiqué des deux côtés, cela doit vouloir dire que ce que nous faisons est bien».
«Al-Jazi... quoi ? Vous l’épelez comment ?» Cette réflexion, les correspondants à Washington de la chaîne qatariote d’informations continues en langue arabe ne l’entendent plus depuis quelques semaines. Dans une petite pièce, au 9e étage du National Press Building, un reporter s’affaire au téléphone. Devant l’écran de télévision qui retransmet un débat en arabe, deux techniciens tentent d’assembler un bureau tout neuf pour accueillir de nouveaux journalistes. «On attend des renforts», explique l’un deux. La rançon de la gloire, en quelque sorte, pour cette petite chaîne arabophone, pratiquement inconnue du paysage médiatique washingtonien avant le 11 septembre, et devenue depuis un point de passage obligé pour les responsables de l’Administration américaine. Après l’avoir copieusement critiquée,...