Le président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat, sommé par Israël de lui livrer les meurtriers du ministre Rehavam Zeevi, est une nouvelle fois le dos au mur, mais le chef charismatique de la Résistance palestinienne s’est déjà sorti cent fois de situations très délicates. Yasser Arafat, 72 ans, se retrouve aujourd’hui coincé entre d’un côté les pressions conjuguées des mouvements palestiniens radicaux et de son opinion publique, et de l’autre les pressions des États-Unis qui ont redoublé depuis les attentats du 11 septembre. L’assassinat du ministre israélien du Tourisme Rehavam Reevi le 17 octobre dans un attentat revendiqué par un mouvement palestinien radical et la demande d’Israël de lui livrer ses auteurs ont encore compliqué une situation déjà explosive, après un an d’intifada sans issue apparente qui a coûté la vie à plus de 700 Palestiniens. Mais en plus de 40 ans d’une carrière mêlant politique et guérilla, Yasser Arafat a toujours su rebondir sur la scène internationale, surmontant des obstacles qui semblaient infranchissables pour défendre l’idée de l’indépendance du peuple palestinien. Le 15 octobre encore, il était parvenu à redorer son blason à Londres, recevant l’appui du Premier ministre britannique Tony Blair après avoir reçu, quelques jours plus tôt, le soutien du président américain George W. Bush à la création d’un État palestinien. De son vrai nom Mohammad Abdel Raouf Arafat al-Qoudwa al-Husseini, il est né au Caire le 4 août 1929. À l’âge de 17 ans, il rejoint les groupes palestiniens armés qui luttaient contre la création d’un État hébreu. « Miraculeusement ailleurs » Il participe aux combats de 1947-48 entre les juifs et les Arabes, puis à la guerre de 1948 qui suit la création d’Israël. Brisé par la victoire israélienne, Arafat retourne à l’université du Caire avant de créer le mouvement du Fateh au Koweït en 1959 pour lutter contre l’État hébreu. En février 1969, Arafat, connu sous son nom de guerre Abou Ammar, est élu président de l’OLP et se fait alors connaître sur la scène internationale par son keffieh à damiers et son treillis vert olive. Il renforce son autorité grâce à sa forte personnalité, son instinct qui lui permet de survivre aux complots politiques et son dévouement à la cause palestinienne. Il échappe plusieurs fois de près à la mort. Le 13 avril 1973 à Beyrouth, des commandos israéliens tuent trois de ses principaux collaborateurs, sans trouver le chef de l’OLP. Il était «miraculeusement ailleurs», expliqueront ses proches. Le 1er octobre 1985, son quartier général de Tunis est presque totalement détruit par l’aviation israélienne. Arafat, en route pour son bureau, avait fait demi-tour juste au début du raid. En 1991, en pleine crise du Golfe, son véhicule fait plusieurs tonneaux sur la route d’Amman à Bagdad. En 1992, son avion s’écrase dans le désert libyen. Il sortira seul survivant de l’accident. Avec son renoncement à l’option militaire et le déclenchement en 1987 de la première intifada qu’il inspirait et contrôlait, Arafat opte pour des négociations avec Israël. Il dénonce publiquement le terrorisme en décembre 1988, peu après que l’OLP eut reconnu le droit d’Israël à l’existence. En 1993, il signe à la Maison-Blanche les accords d’Oslo sur l’autonomie palestinienne. Cette initiative sans précédent, qui changea la donne au Proche-Orient, lui a valu, conjointement avec le Premier ministre israélien de l’époque Yitzhak Rabin et son ministre des Affaires étrangères Shimon Peres, le prix Nobel de la paix en 1994. En juillet 1994, Arafat fait un retour triomphal de son exil en Tunisie dans les territoires palestiniens où il a été élu président de l’Autorité palestinienne, qui contrôle totalement ou partiellement 65 % de la bande de Gaza et 40 % de la Cisjordanie, en 1996. Son rêve reste de créer un État palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale.
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