Une experte de l’Onu en matière de désarmement demande à la communauté scientifique de renforcer les mesures de sécurité des laboratoires universitaires où il est actuellement aisé, selon elle, de se procurer des souches bactériologiques et de les faire circuler sans contrôle. «Je connais un certain nombre de chercheurs qui passent régulièrement les frontières avec de petites quantités de substances bactériologiques à des fins de recherche et qui ne les déclarent pas. C’est une pratique tout à fait répandue», a déclaré hier Patricia Lewis, directrice de l’Institut des Nations unies pour la recherche sur le désarmement (Unidir), dont le siège est à Genève. Cela implique qu’il serait relativement facile de transporter une souche susceptible d’être utilisée à petite échelle dans la fabrication d’une arme biologique, a-t-elle dit. Mme Lewis a remarqué que, dans de nombreux laboratoires universitaires, les cultures biologiques ne sont pas sous clé et qu’elles sont régulièrement échangées entre confrères ou entre institutions, y compris au niveau international. «Dans la communauté scientifique, il y a une tradition de transparence et d’ouverture qui devrait prendre fin si l’on voulait éviter toute disparition de matériaux», a poursuivi Mme Lewis. Selon elle, il n’existe aucune preuve que le bacille du charbon, véhiculé dans certaines lettres postées aux États-Unis, provienne d’universités, mais, souligne-t-elle, il est relativement facile de faire entrer ce bacille dans le pays d’autant que les quantités en cause sont peu élevées. «En revanche, produire le bacille en grande quantité serait beaucoup plus difficile», estime-t-elle. Tout en admettant qu’il est difficile de réglementer toute manipulation de fiole contenant des agents bactériologiques pouvant servir à fabriquer des armes ou à provoquer des maladies, Mme Lewis a estimé que certaines précautions pourraient être prises dans les universités, comme par exemple conserver une trace de leurs étudiants. Elle a préconisé également de renforcer la formation des scientifiques en matière de législation et de traités de non-prolifération. L’expert a fait remarquer que, lors des interviews réalisées par des inspecteurs de l’Onu pour l’Irak, de nombreux scientifiques n’avaient pas connaissance de certaines restrictions découlant de la Convention sur les armes biologiques. «Si l’on commençait par faire connaître à la communauté scientifique toutes les restrictions prévues par la loi, alors elle comprendrait mieux la nécessité de se préoccuper de la surveillance de petites quantités de substances biologiques», a-t-elle dit. La directrice de l’Unidir a souligné que les experts en matière de contrôle de l’armement avaient envisagé la possibilité que le courrier soit utilisé comme moyen de propagation d’armes biologiques, tout comme les bétonnières pour cacher de petites armes nucléaires. «Toutes ces hypothèses ont été envisagées, mais on ne les a guère prises au sérieux. Jusqu’à récemment, si vous y faisiez allusion, vous étiez taxés d’oiseau de malheur», a-t-elle commenté. Mme Lewis a ainsi évoqué l’éventualité d’une propagation de fièvre hémorragique de type Ebola par un petit groupe de personnes qui se seraient inoculé le virus délibérément. «Dans un tel cas d’épidémie infectieuse, vous auriez une panique beaucoup plus générale», dit-elle.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Une experte de l’Onu en matière de désarmement demande à la communauté scientifique de renforcer les mesures de sécurité des laboratoires universitaires où il est actuellement aisé, selon elle, de se procurer des souches bactériologiques et de les faire circuler sans contrôle. «Je connais un certain nombre de chercheurs qui passent régulièrement les frontières avec de petites quantités de substances bactériologiques à des fins de recherche et qui ne les déclarent pas. C’est une pratique tout à fait répandue», a déclaré hier Patricia Lewis, directrice de l’Institut des Nations unies pour la recherche sur le désarmement (Unidir), dont le siège est à Genève. Cela implique qu’il serait relativement facile de transporter une souche susceptible d’être utilisée à petite échelle dans la fabrication...