De nombreuses grandes sociétés américaines ont annoncé en octobre de fortes baisses de leur bénéfice ou de lourdes pertes pour le 3e trimestre, ce qui risque d’aggraver la contraction de l’activité et de retarder une reprise de l’économie. Et la saison des résultats financiers n’est pas encore terminée. Les entreprises directement touchées par le choc des attentats du 11 septembre, comme le transport aérien, l’hôtellerie et le tourisme, vont sans doute annoncer des performances encore plus désastreuses pour la période de juillet à septembre. «La baisse des bénéfices que nous observons actuellement est plus sévère que celle de la dernière récession en 1990/91», estime John Lonski, principal économiste de Moody’s, firme de notation financière. Les entreprises en dehors du secteur financier connaissent la réduction de marges bénéficiaires trimestrielles d’une année sur l’autre la plus forte depuis 1958, souligne-t-il. Cette mauvaise fortune frappe de grands noms de l’industrie américaine. Les constructeurs automobiles General Motors et Ford ont subi des pertes de respectivement 368 millions et 692 millions de dollars au 3e trimestre. Le groupe bancaire JP Morgan Chase a accusé une baisse de 67,9 % de son bénéfice sur la même période, tandis que le bénéfice de Microsoft a plongé de 42 % en raison d’une perte de 1,24 milliard sur des investissements. De surcroît, le numéro un mondial des logiciels a revu à la baisse ses prévisions pour l’ensemble de l’exercice, devant les incertitudes économiques mondiales. L’avionneur Boeing a dégagé un bénéfice en hausse de 7 % de juillet à septembre, mais mis en garde contre une forte diminution attendue de ses livraisons d’avions en 2002 en raison de la chute de 20 % du trafic aérien. Selon John Lonski, «cette situation est vraiment très préoccupante». Si la tendance se poursuit les entreprises vont réduire leurs effectifs, ce qui fera augmenter le chômage et freinera les dépenses de consommation, principal moteur de la croissance. Par contrecoup, les sociétés verront leurs ventes diminuer et leur situation financière se détériorer davantage avec de sérieuses conséquences sur leurs investissements et leur productivité. Pour Charles Hill, de la firme First Call, qui établit des prévisions de résultats financiers de nombreuses sociétés américaines, «cette situation est sans précédent dans la mesure où personne ne sait quel sera l’impact à long terme sur la consommation». Il table sur un plongeon de 22 % des bénéfices d’exploitation des 500 sociétés figurant dans l’indice à terme de Standard and Poor’s (SP 500) aux 3e et 4e trimestres, contre une baisse de respectivement 17 % et 12 % avant le 11 septembre. Cette chute des bénéfices intervient alors que les entreprises décident de réduire leur budget d’investissement pour l’année suivante. Dans un tel contexte, elles se montrent très conservatrices dans leurs dépenses et seront donc moins aptes à profiter de la reprise, a observé David Blitzer, responsable de la stratégie d’investissements de Standard and Poor’s. Mais ces économistes s’accordent sur le fait que l’assouplissement de la politique monétaire, combiné aux mesures de relance par des dépenses publiques, devrait éviter une spirale récessionniste prolongée. Ils prévoient un solide redémarrage de l’activité au printemps 2002. La Réserve fédérale a réduit son taux interbancaire à neuf reprises depuis un an pour le faire tomber à 2,5 %, soit moins que l’inflation (2,8 %). La Maison-Blanche et le Congrès sont d’accord pour débloquer rapidement 55 milliards de dollars, dont 15 pour les compagnies aériennes, et examinent des réductions d’impôts de l’ordre de 60 milliards de dollars.
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