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Actualités - Chronologies

Les « héros de l’URSS » prédisent un bain de sang

Les «héros» de la guerre menée par les Soviétiques pendant dix ans en Afghanistan prédisent de lourdes pertes aux Américains en cas d’opérations au sol, sans garanties d’éliminer Oussama Ben Laden, principal accusé des attentats du 11 septembre. «La guerre sera pire qu’en Tchétchénie. Les troupes spéciales américaines vont se retrouver face à des gens qui se battent depuis plus de 20 ans et qui ont grandi avec la guerre», avertit le député Alexeï Zelenov. Cet ancien pilote passe pour le «dernier soldat» à avoir quitté l’Afghanistan, après le retrait des troupes soviétiques en 1989 : il a organisé en août 1992 l’évacuation sous la mitraille du personnel de l’ambassade russe à Kaboul à bord de trois avions. L’un des appareils a été abattu au sol. «Les Américains vont subir des pertes importantes. Lorsque nous avons débarqué en Afghanistan (1979), il nous a fallu plus d’un an pour comprendre comment nous battre. Les Afghans ont un amour illimité de la liberté, chaque province est un État», ajoute le député de 50 ans, yeux bleus dans un visage bronzé. Décidée secrètement en décembre 1979 par un groupe restreint de membres du Politburo, l’opération déclenchée officiellement pour aider «le frère» afghan fera 14 000 morts dans les rangs de l’armée soviétique et un million de morts parmi les Afghans. C’est Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant de l’URSS, qui décidera en 1988 du retrait des troupes d’Afghanistan, signant la défaite la plus humiliante de l’histoire de l’armée soviétique. Le général Boris Gromov (57 ans), aujourd’hui gouverneur de la région de Moscou, a été le dernier avec ses hommes de la 40e armée à franchir le 15 février 1989 «le pont de l’Amitié» sur l’Amou-Daria, marquant la frontière entre l’Afghanistan et l’Ouzbékistan. «Une opération terrestre de large envergure ne rapportera pas de lauriers aux Américains. Il ne sera pas possible d’éliminer tous ceux qui soutiennent les taliban», a averti le général dans un entretien publié cette semaine dans l’hebdomadaire Vlast. Le président ingouche Rouslan Aouchev (46 ans), qui a gagné ses galons de général en Afghanistan, prédit lui aussi «une guérilla épuisante pour les Américains qui va durer longtemps». Il n’a pas exclu que l’Alliance du Nord rallie les taliban dans le cas où les troupes américaines feraient de nombreuses victimes parmi la population civile. Franz Klintsevitch (44 ans), député du parti proKremlin Unité et ancien commandant, partage le même avis. «Plus les Américains resteront en Afghanistan, plus la résistance sera forte parmi la population jusqu’à l’union entre l’Alliance du Nord et les taliban contre “l’envahisseur”», prédit le parlementaire qui a combattu de 1986 à 1988 en Afghanistan, où il a été blessé à deux reprises par l’explosion de mines. Ces anciens militaires doutent tout autant des chances de succès de l’Alliance du Nord contre les taliban : le député Alexeï Zelenov va jusqu’à prédire une division de l’Afghanistan à l’instar de la Corée qui verrait l’opposition contrôler le nord et les taliban le sud. Ils ne croient pas davantage aux chances d’attraper Ben Laden. «Les services spéciaux ne sont capables de telles opérations que dans les films d’Hollywood», ironise Alexeï Zelenov, tandis que le général Aouchev compare la traque de l’ennemi numéro un des États-Unis à la recherche d’«une aiguille dans une botte de foin». Svetlana Alexievitch, l’auteur des Cercueils de zinc, l’un des meilleurs ouvrages sur le traumatisme causé par la «sale guerre» dans la société soviétique, doute elle aussi de l’intérêt de l’intervention de Washington. «L’URSS ne s’est pas effondrée par les armes mais par la force des idées. Même si l’Afghanistan est réduit en poussière, le problème du terrorisme ne sera pas résolu», conclut-elle.
Les «héros» de la guerre menée par les Soviétiques pendant dix ans en Afghanistan prédisent de lourdes pertes aux Américains en cas d’opérations au sol, sans garanties d’éliminer Oussama Ben Laden, principal accusé des attentats du 11 septembre. «La guerre sera pire qu’en Tchétchénie. Les troupes spéciales américaines vont se retrouver face à des gens qui se battent depuis plus de 20 ans et qui ont grandi avec la guerre», avertit le député Alexeï Zelenov. Cet ancien pilote passe pour le «dernier soldat» à avoir quitté l’Afghanistan, après le retrait des troupes soviétiques en 1989 : il a organisé en août 1992 l’évacuation sous la mitraille du personnel de l’ambassade russe à Kaboul à bord de trois avions. L’un des appareils a été abattu au sol. «Les Américains vont subir des pertes...