Le président américain George W. Bush n’en finit pas de se poser la question. Il le fait avec franchise dès qu’il en a l’occasion. Et avec lui, toute l’Amérique s’interroge : «Pourquoi sommes-nous tant détestés?» Le déchaînement de violence contre les États-Unis, le 11 septembre, reste largement inexplicable aux yeux des Américains, persuadés de vivre dans une société juste qui récompense les méritants et punit les coupables. Mais les images hallucinantes d’avions s’écrasant contre deux tours au cœur de New York sont gravées dans leurs esprits comme la formidable expression d’une haine irrationnelle. Et la personnalité des 19 kamikazes, originaires de pays arabes, le discours enflammé de l’instigateur soupçonné des attentats, l’islamiste Oussama Ben Laden, les font se pencher sur l’histoire et la foi dominante d’une région qu’ils connaissent sans la comprendre : le Proche-Orient. «Les États-Unis se sont transformés en un grand séminaire d’étude sur l’Islam», commente avec ironie le Pr Clovis Maksoud, de l’American University de Washington. L’action des États-Unis dans le monde arabe fait soudain l’objet d’une analyse critique qui – au moins pour le moment – mobilise l’Administration et la presse. «L’Administration déploie des efforts importants pour mieux comprendre et pour mieux faire», commente le Pr Michael Hudson de l’Université de Georgetown, «mais elle est bien consciente des difficultés auxquelles elle est confrontée». Des professeurs, comme M. Hudson, ont été invités à partager avec les plus hauts responsables de l’Administration leur connaissance de la région; des groupes d’experts ont fourni aux cercles de décision des rapports et des analyses; la presse évoque tous les jours l’épineux contexte du Proche-Orient. Et aucun sujet ne semble à l’abri de cet examen critique : le dossier palestinien, Israël, l’Irak, le manque de démocratie dans les monarchies pétrolières, la présence militaire américaine dans le Golfe. «Si vous vous mettez à la place de vos ennemis, vous pouvez imaginer toutes une série de raisons de mécontentements», explique le Pr Hudson devant la liste des reproches faits aux États-Unis. Les experts et les historiens s’accordent pour faire remonter à 1948 et la création de l’État d’Israël la première désillusion des pays arabes avec les États-Unis, regardés pourtant comme les pourfendeurs du colonialisme et de la domination de la région par les Britanniques et les Français. Par la suite le soutien sans faille à l’État hébreu, l’indifférence aux revendications palestiniennes, l’alliance avec des régimes autocratiques, l’inextinguible soif de pétrole américaine ont fini par créer les conditions de ce que le Pr Hudson considère comme une «profonde animosité». Une analyse partagée par le Pr Maksoud, qui considère que ce n’est pas la haine qui anime les arabes mais «la colère». Et cette colère, expliquent les experts, n’est pas le fait d’une minorité de fanatiques motivés par une vision dévoyée de leur foi, mais comme le souligne le Pr Hudson, «de la classe moyenne arabe, des petits bourgeois, pour qui l’hégémonie américaine est un vrai problème». Cette hégémonie est bien sûr culturelle et a pénétré comme ailleurs dans le monde, tous les secteurs de la vie des pays arabes : «Face à cette invasion, les gens se réfugient dans leurs traditions et dans leurs loyautés», y compris religieuses, explique le Pr Maksoud. Elle est aussi politique. Le respecté New York Times s’est attaqué de façon virulente à deux régimes, l’Arabie séoudite et le Koweït, qui bénéficient de l’appui de Washington en dépit du non-respect des droits fondamentaux de leurs citoyens. «Jusqu’à présent le flot du pétrole et de l’argent séoudien a fait taire toute critique américaine de la famille royale, de sa corruption rampante, de son mépris pour la démocratie et des atteintes aux droits de l’homme commises en son nom», écrit notamment le New York Times. Mais, si à l’occasion de la tragédie du 11 septembre, les États-Unis ont donné des signes de leur volonté de repenser leur approche du Proche-Orient, ils doivent aujourd’hui démontrer leur capacité d’ouvrir à cette région le chemin du pluralisme politique.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le président américain George W. Bush n’en finit pas de se poser la question. Il le fait avec franchise dès qu’il en a l’occasion. Et avec lui, toute l’Amérique s’interroge : «Pourquoi sommes-nous tant détestés?» Le déchaînement de violence contre les États-Unis, le 11 septembre, reste largement inexplicable aux yeux des Américains, persuadés de vivre dans une société juste qui récompense les méritants et punit les coupables. Mais les images hallucinantes d’avions s’écrasant contre deux tours au cœur de New York sont gravées dans leurs esprits comme la formidable expression d’une haine irrationnelle. Et la personnalité des 19 kamikazes, originaires de pays arabes, le discours enflammé de l’instigateur soupçonné des attentats, l’islamiste Oussama Ben Laden, les font se pencher sur l’histoire...