L’Onu, les États-Unis et le Pakistan estiment, unanimes, que l’avenir de l’Afghanistan passe par des taliban dits «modérés», pourtant aussi indéfinissables que réticents à se manifester. Les Nations unies ont été parmi les premiers à évoquer cette fracture supposée au sein des taliban, «étudiants en religion» sortis des madrassas (écoles coraniques) pour prendre le pouvoir à Kaboul en 1996. «Il y a des taliban qui sont des gens convenables, avec qui j’ai été en mesure d’avoir un échange de vues», a assuré à la fin du mois de septembre le représentant spécial de l’Onu en Afghanistan, Francesc Vendrell. Interrogé sur ces taliban «convenables», M. Vendrell avait ajouté qu’il s’agissait de personnes «humaines», prêtes à «discuter en profondeur d’idées sur l’avenir de l’Afghanistan, sur ce que veulent dire terrorisme, jihad ou religion». Pir Sayed Ahmad Gailani, dirigeant afghan proche de l’ancien roi Zaher Shah, a récemment proposé sa propre définition. L’Assemblée pour la paix et l’unité nationale de l’Afghanistan, qu’il préside, a lancé un appel la semaine dernière à l’unité de tous les Afghans, y compris les «éléments taliban qui reconnaissent leurs responsabilités religieuses, nationales et de conscience». Il n’a toutefois pas précisé comment il procéderait pour identifier ces taliban «responsables». Au moins a-t-il tenté d’en cerner le profil. Pour l’ancien ambassadeur américain aux Nations unies Richard Holbrooke, il n’existe pas de taliban modérés et leur régime était l’un des pires au monde. Interrogé hier par la chaîne de télévision ABC sur l’affirmation de Washington et Islamabad, selon laquelle l’avenir de l’Afghanistan passe par des taliban dits «modérés», Richard Holbrooke a répondu : «Je ne sais pas de quelle modération des taliban il s’agit». «C’est l’un des deux ou trois régimes les pires au monde», a-t-il ajouté, en citant le traitement qu’ils réservent notamment aux femmes et à l’art. Abdul Haq, ancien commandant moujahidine, héros de la lutte contre les Soviétiques, est également direct, mais selon une autre tendance. Il a expliqué la semaine dernière à Peshawar, ville du nord-ouest du Pakistan qui s’affirme chaque jour davantage comme la capitale de l’Afghanistan en exil, être en contact avec des «bons» taliban. Ces «bons» taliban qu’il n’a pas définis formeraient même, selon lui, la majorité des membres de cette milice fondamentaliste. «Bons», «convenables» ou «responsables», ces taliban représenteraient, selon les analystes, la tendance nationaliste afghane, par opposition aux taliban proches de la mouvance arabe emmenée par Oussama Ben Laden et le chef suprême des taliban, le mollah Mohammad Omar. Cette mouvance est parvenue, au fil des années et des besoins de la guerre contre l’Alliance du Nord, l’opposition armée afghane, à occuper une place prépondérante au sein de la milice des taliban. Les tractations en cours, en plein essor jusqu’aux frappes américaines si l’on en croit Abdul Haq, visent à convaincre ces nationalistes, majoritairement d’ethnie pachtoune, d’abandonner le mollah Omar pour rejoindre les tentatives de formation d’un gouvernement élargi. Ils sont jugés indispensables pour les chances de survie d’un nouveau gouvernement à Kaboul. Mais bien peu de noms sont cités, à l’exception du ministre taliban des Affaires étrangères, Wakil Ahmed Muttawakil. Lundi, des informations faisant état d’une défection de M. Muttawakil avaient circulé dans la région. Bien que démenties par un porte-parole du mollah Omar, elles ont toutefois resurgi. M. Muttawakil «est toujours le ministre des Affaires étrangères. Il n’a pas quitté l’Afghanistan. Ces informations sont publiées pour semer la discorde», a assuré mardi l’ambassadeur taliban au Pakistan, Abdul Salam Zaeef. Ce dernier a au passage une nouvelle fois démenti toute scission au sein des taliban. «Il n’y a aucune différence dans les rangs des taliban. Les taliban obéissent totalement au mollah Omar», a-t-il assuré. En dépit des espoirs d’une fracture au sein des taliban, force est de reconnaître que les «bons» taliban ne se sont toujours pas manifestés publiquement. Le Pakistan, longtemps le parrain des taliban, continue cependant à y croire. Le président pakistanais Pervez Musharraf l’a clairement dit devant le secrétaire d’État américain Colin Powell en visite mardi à Islamabad. Ce dernier a d’ailleurs repris à son compte cette nécessité d’intégrer «des éléments modérés du régime taliban». «L’extrémisme n’est pas le fait de chaque taliban», a martelé le général Musharraf. «Je ne veux pas rentrer dans les détails de qui sont les modérés, mais nous savons avec certitude qu’il y a de nombreux modérés chez les taliban», a-t-il ajouté.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Onu, les États-Unis et le Pakistan estiment, unanimes, que l’avenir de l’Afghanistan passe par des taliban dits «modérés», pourtant aussi indéfinissables que réticents à se manifester. Les Nations unies ont été parmi les premiers à évoquer cette fracture supposée au sein des taliban, «étudiants en religion» sortis des madrassas (écoles coraniques) pour prendre le pouvoir à Kaboul en 1996. «Il y a des taliban qui sont des gens convenables, avec qui j’ai été en mesure d’avoir un échange de vues», a assuré à la fin du mois de septembre le représentant spécial de l’Onu en Afghanistan, Francesc Vendrell. Interrogé sur ces taliban «convenables», M. Vendrell avait ajouté qu’il s’agissait de personnes «humaines», prêtes à «discuter en profondeur d’idées sur l’avenir de l’Afghanistan,...