Le gouvernement britannique prend les mesures nécessaires pour répondre à un éventuel attentat à la bactérie du charbon, mais s’efforce d’éviter tout mouvement de panique en soulignant n’avoir connaissance d’aucune menace spécifique. Hier, le conseiller spécial du gouvernement pour les Affaires de santé, Liam Donaldson, a révélé que des doses d’antibiotiques supplémentaires avaient été commandées, à toutes fins utiles. «Nous n’avons pas la moindre preuve d’une quelconque menace ou d’un risque (contre la Grande-Bretagne), mais il est de notre responsabilité de prévoir et de bien prévoir, a-t-il dit à la BBC. C’est ce que nous avons fait au cours des deux dernières semaines». «Je crois que nous sommes bien préparés» à une (éventuelle) attaque biologique, a déclaré Liam Donaldson, au retour d’une mission d’information aux États-Unis. «Nous avons l’un des meilleurs systèmes de santé au monde». Les «réserves nécessaires» d’antibiotiques ont été constituées, a indiqué le Pr Donaldson à la BBC (radio), soulignant la nécessité de renforcer les contacts avec les États-Unis, où 12 cas de personnes ayant été en contact avec la bactérie du charbon ont été relevés depuis le 5 octobre. Deux d’entre elles ont contracté la maladie et l’une en est morte. Les craintes d’une attaque terroriste à la maladie du charbon sont particulièrement vives en Grande-Bretagne depuis l’annonce, à la fin de la semaine dernière, que trois personnes sont examinées par les services de santé, par précaution. Deux d’entre elles ont séjourné à Boca Raton (Floride, États-Unis), dans l’immeuble abritant le Sun, journal pour lequel travaillaient cinq employés ayant été en contact avec la maladie. La troisième a fréquenté le studio de NBC News à New York, où une assistante du présentateur Tom Brokaw a reçu une lettre contaminée. Les assurances gouvernementales ont toutefois été jugées insuffisantes par une sommité médicale britannique. Le Dr Vivienne Nathanson, de la British Medical Association (BMA), a appelé hier le gouvernement à donner plus d’informations aux médecins britanniques sur d’éventuelles menaces bioterroristes. «Il règne aujourd’hui un tel secret autour de cette question que les médecins ont du mal à rassurer» leurs patients, a-t-elle estimé. «Le public veut être sûr que le gouvernement a étudié tous les types de guerre biologique et préparé les médecins nécessaires», a-t-elle poursuivi dans un entretien à la BBC (radio). De fait, les médias rapportent que les médecins britanniques reçoivent de nombreux appels de patients angoissés, notamment de touristes ayant séjourné aux États-Unis, demandant à être examinés le plus rapidement possible. Témoin de ce qui n’est pas encore un mouvement de panique mais ressemble déjà à une certaine psychose, l’évacuation dimanche de la cathédrale de Canterbury (Kent, sud-est de l’Angleterre), après qu’un inconnu eut été aperçu en train de verser une poudre blanche sur le sol d’une chapelle de la crypte. Lundi, la police a révélé que les analyses n’avaient décelé aucune substance nocive dans cette poudre, ajoutant que la cathédrale serait rouverte au public dans la journée. Érigée entre 1070 et 1503, la cathédrale de Canterbury est un des lieux touristiques les plus visités de Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne est l’un des rares pays au monde – et sans doute le premier – à avoir procédé, dès 1942 sur une petite île inhabitée écossaise, à des expériences «grandeur nature» de la maladie du charbon, anéantissant un troupeau de moutons et interdisant les lieux pendant près d’un demi-siècle.
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