Le président américain George W. Bush s’est lancé dans une nouvelle bataille, celle contre les fuites d’informations classées «top secret» pour éviter que dans la période de tension actuelle, les craintes sourdes de nouveaux attentats de ses compatriotes ne tournent à la panique. Le président a lancé une mise en garde aux membres du Congrès dans un mémorandum et leur a annoncé qu’il limiterait désormais très sévèrement la diffusion aux parlementaires d’informations «sensibles» sur les opérations militaires en Afghanistan et la sécurité aux États-Unis. La réaction du président a été provoquée par un gros titre de une du Washington Post vendredi. L’influent quotidien révélait que les membres du Congrès avaient été avertis par les services de renseignements que la probabilité d’une nouvelle attaque spectaculaire de partisans d’Oussama Ben Laden contre des cibles américaines aux États-Unis ou ailleurs était de «cent pour cent». Désormais, seuls les quatre plus hauts dirigeants du Sénat (le démocrate Thomas Daschle et le républicain Trent Lott) et de la Chambre des représentants (le speaker républicain Dennis Hastert et le chef de la minorité démocrate Dick Gephardt) ainsi que les chefs de file des deux partis siégeant aux commissions pour le renseignement des deux chambres, seront tenus régulièrement au courant des développements en cours, selon ce mémorandum. Le président Bush a envoyé ses instructions aux secrétaires d’État Colin Powell, au Trésor Paul O’Neill, à la Défense Donald Rumsfeld, à l’Attorney General (ministre de la Justice) John Ashcroft, au directeur de la CIA George Tenet, et au directeur du FBI Robert Mueller. Eux seuls, ou des responsables dûment désignés par eux, seront autorisés à informer les dirigeants du Congrès, précise le mémorandum. Aux États-Unis, la coutume politique veut qu’en cas de crise nationale, les responsables du gouvernement tiennent les membres du Congrès régulièrement et pleinement informés de la situation et des opérations, même secrètes en cours. En général, ces informations sont communiquées à un nombre assez large de parlementaires, ce qui multiplie du même coup les risques de fuites. «Le président tient beaucoup à ce que cette mission (la guerre contre le terrorisme) soit menée à bien et il entend s’assurer que personne ne sera confronté à des risques inutiles à la suite de la diffusion non autorisée d’informations, notamment celles frappées du sceau du secret», a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche Ari Fleischer. Dans son mémorandum, M. Bush a assuré le Congrès de sa volonté de coopérer, mais à condition de pouvoir maintenir le secret nécessaire pour le succès de toutes les opérations engagées contre le terrorisme, qu’elles soient militaires, judiciaires ou qu’elles relèvent des services de renseignements. Il y a quelques jours, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld s’était lui aussi élevé contre la diffusion d’informations militaires secrètes et à plusieurs reprises M. Fleischer a mis en garde la presse en l’exhortant à agir avec discernement et prudence en publiant ses informations. Cette prise de position a suscité des commentaires critiques dans les médias. La guerre aux fuites et la hantise du terrorisme en période de crise nationale n’est pas nouvelle. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les murs des États-Unis s’étaient couverts d’affiches avec l’inscription «les bavardages coulent aussi les navires» et plusieurs centaines de milliers d’Américains d’origine nippone avaient été internés après l’attaque japonaise contre la flotte américaine du Pacifique ancrée à Pearl Harbor (Hawaï).
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