Sur les marchés des changes internationaux, le billet vert est resté sous pression hier après le début des opérations militaires en Afghanistan, les opérateurs privilégiant les monnaies refuges, tels que le franc suisse et le yen et dans une certaine mesure l’euro. Les volumes ont été toutefois limités du fait du climat d’incertitude qui règne sur les marchés et du jour chômé aux États-Unis pour le Columbus Day et au Japon à l’occasion d’une fête nationale. Le billet vert est resté sous pression, même si les cambistes ont été soulagés par la réaction positive des marchés des actions, selon une analyse de la banque BNP-Paribas. Pour celle-ci, la réticence à prendre des risques sur le marché pourrait d’ailleurs décliner «tant que les actions militaires restent limitées et que les heurts entre les membres de la coalition alliée n’augmentent pas». En cours de journée, le franc suisse a brièvement profité de son statut de monnaie refuge. On a vu «un peu de pression sur le dollar tandis que les monnaies refuge classiques sont davantage échangées, mais les volumes restent toutefois très faibles», a fait savoir la banque d’affaires Lehman Brothers. «À moins d’une évolution politique majeure, les devises devraient évoluer dans des marges étroites», a-t-elle ajouté. Les troupes américaines et britanniques avaient lancé la veille en soirée les premières frappes militaires contre des cibles en Afghanistan, près d’un mois après les attentats perpétrés contre les États-Unis. De fait, les marchés ont été très hésitants, et n’importe quel événement risquait d’alimenter leur volatilité, comme l’accident d’avion hier à Milan qui a brièvement pesé sur le couple dollar-euro. À court terme, deux questions vont dominer les marchés selon les analystes de la maison de courtage Bear Stearns. La première concerne la rapidité et le succès de l’opération militaire en Afghanistan : si celle-ci est rapide, le dollar pourrait se reprendre rapidement dans le sillage d’un soulagement du marché des actions, ont estimé ces analystes dans une note. Le deuxième enjeu concerne la probabilité de ripostes terroristes, qui affectera l’état de la croissance et sera très négatif pour le dollar. Cela étant et en l’absence d’indicateurs en provenance des États-Unis dont les banques étaient fermées hier pour le Columbus Day, le dollar s’est finalement négocié à Londres sur un ton irrégulier comme suit : – 0,9205 pour un euro contre 0,9185, vendredi dernier à New York – 1,4750 pour un sterling contre 1,4835 – 2,1250 DM contre 2,1290 – 7,1270 FF contre 7,1415 – 1,6095 FS contre 1,6160 – 2 103,75 lires contre 2 108,05 – 119,85 yens contre 120,50. Irrégularité des marchés américains Sur les places boursières internationales, les marchés américains des valeurs mobilières étaient dans l’expectative hier, évoluant de manière irrégulière au lendemain des attaques anglo-américaines contre des cibles en Afghanistan. Selon les opérateurs boursiers, le premier mouvement d’incertitude provoqué par l’attaque de la veille est passé comme en témoigne la réaction du marché hier après la reprise des bombardements en début de soirée. Mais les investisseurs craignaient toujours qu’ils ne provoquent des représailles contre les États-Unis, à en croire les promesses de ripostes de Oussama Ben Laden. Quoi qu’il en soit, l’actualité militaire ne tardait pas à dominer le marché, hier, après la reprise des hostilités. Certes, personne ne pouvait vraiment dire si ce développement est un facteur de hausse ou de baisse pour le marché boursier américain. Après avoir reculé dès l’ouverture dans la crainte de nouvelles attaques terroristes après la riposte américaine et en raison de prises de bénéfices après les gains de la semaine dernière, les marchés américains sont repassés brièvement dans le vert sur des rachats de découvert conduits par les titres de la défense. Raytheon (missiles et systèmes de guidage), Lockheed (avions de combat), Northrop Grumman (avions et navires militaires, systèmes de défense) et General Dynamics (aviation militaire, électronique, véhicules terrestres blindés) ont été activement recherchés avec les aériennes, surtout AMR, UAL et Delta Air Lines. Les semi-conducteurs et les télécoms étaient également en progression, dont Texas Instruments, Micron Technologies, Worldcom et SBC Communications qui ont tiré le Nasdaq à la hausse. En revanche, les automobiles et les banques étaient en baisse avec General Motors, Ford, Citigroup et J.P. Morgan. Mais il n’en demeure pas moins que le marché est resté nerveux car les gens reconnaissent qu’une fois qu’on arrive à ce stade du conflit, il y a un peu plus de risques. Enfin, les Bourses américaines restent généralement plombées par les problèmes de l’économie américaine, au bord de la récession, et la situation va être aggravée par l’entrée en guerre des États-Unis qui va probablement causer un affaiblissement supplémentaire de l’économie en décourageant les dépenses de consommation. C’est dans ce contexte que l’indice composite de la Bourse électronique Nasdaq est parvenu aux alentours du seuil des 1 600 points, pendant que l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles de Wall Street a dû fluctuer entre un plus haut à 9 144,84 points et un plus bas à 9 012,30 points, avant d’afficher en préclôture, à 23h heure de Beyrouth, 9 036,53 points, en recul de 83,24 points sur vendredi dernier. Résistance des Bourses européennes Les marchés boursiers européens ont bien résisté lundi après les premières frappes américaines contre l’Afghanistan et des titres comme Zurich Financial et British Airways ont réussi à réduire leurs pertes. L’indice paneuropéen Eurotop 300 a perdu 2,17 points, soit 0,19 %, à 1 146,85, mais l’Euro Stoxx 50 des valeurs de la zone euro a gagné 5,39 points (0,16 %) à 3 353,41. Les marchés boursiers américains étaient en léger recul une heure et quart avant leur propre clôture. On a dénombré 171 baisses pour 110 hausses en Europe avec un volume de 1,7 milliard de pièces. Paris a fini en hausse de 0,18 %, Londres pratiquement inchangée (-0,07 %) et Francfort sur un gain de 0,17 %. Les technologiques et les télécoms ont mené la reprise. L’équipementier télécom suédois Ericsson a mené les hausses avec un bond de 4,11 % à 41,30 couronnes, Nokia 1,97 % à 18,78 euros, Siemens 2,43 % à 44,25 et Philips 2,33 % à 22,85. France Télécom a gagné 3,44 % à 35,80 euros et Deutsche Telekom 2,70 % à 18,25 euros. «Nous assistons à un retour des achats à bon compte sur le marché (...) Deutsche Telekom est quasiment une valeur refuge à de tels niveaux», a remarqué Boris Böhm, gestionnaire de fonds ches Nordinvest à Francfort. Les gérants de fonds expliquent que les frappes aériennes en Afghanistan avaient été anticipées et qu’en conséquence, elles constituent un choc bien moindre que celui des attentats du 11 septembre qui avait fait dégringoler les Bourses mondiales à leur plus bas niveau depuis trois ans. En fin de semaine dernière, la plupart des indices européens avaient regagné l’essentiel du terrain perdu depuis le 11 septembre. Les valeurs de l’assurance ont particulièrement souffert des craintes de représailles aux attaques en Afghanistan, ajoutées à une mise en garde sur résultats de Zurich Financial. «Les compagnies d’assurances doivent être persuadées qu’il n’y aura pas d’autres attentats comme celui contre le World Trade Center» a commenté Chris Hitchings, de Commerzbank. Le français Axa a cédé 2,22 % à 22,44 euros et le britannique CGNU, 3,01 % à 871 pence. Goldman Sachs a revu en baisse de 18 % en moyenne ses prévisions de résultats du secteur pour cette année, de 5 % pour 2002 et de 3 % pour 2003, conséquence des attentats de septembre.
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