Les livres sur la foi se vendent mieux que jamais, les religieux de tous bords sont omniprésents sur les ondes, églises, mosquées, synagogues et temples en tout genre font le plein. Tentant de comprendre le pourquoi des attentats, les Américains, connus pour leur matérialisme, se tournent de plus en plus vers le spirituel, en quête de consolation et d’explications. «La religion a toujours eu une part importante dans la culture américaine et est restée forte dans ce pays si l’on compare, par exemple, avec l’Europe», déclare Anthony Tambasco, professeur de théologie à l’Université de Georgetown, à Washington. «Mais là, nous avons été brutalement confrontés à notre mortalité, en réalisant que nous ne contrôlons pas tout de notre réalité, que nous sommes des créatures ayant des limites. La crise a soulevé ces questions de façon plus personnelle et plus profonde», estime-t-il. Cette nouvelle conscience religieuse s’est parfois manifestée de façon typiquement américaine. «Il y a une lutte dans ce pays entre un esprit profondément religieux et une culture laïque», ajoute M. Tambasco. «Les Américains sont connus pour être pragmatiques et la religion n’est pas toujours pragmatique. Elle doit être envisagée avec un certain sens du mystère». Des lieux de culte musulmans, juifs et chrétiens de tout le pays organisent des groupes de discussion interconfessionnels, les salons de «chat» spirituels se multiplient sur Internet et nombreux sont ceux qui cherchent conseil auprès des religieux pour prier individuellement. «Nous avons entendu de nombreux musulmans et non-musulmans dire qu’ils essayaient de trouver le réconfort dans les lieux de culte», déclare Khalid Iqbal, responsable au Conseil sur les relations américano-islamiques, à Washington. M. Iqbal raconte que dans l’État du Maryland, limitrophe de la capitale, des musulmans, des juifs, des chrétiens ainsi que des membres d’autres religions se sont regroupés dans une mosquée cette semaine et ont discuté, entre autres choses, de la manière de soutenir ce regain d’intérêt religieux aux États-Unis. Cette tendance a été confirmée par les sondages. Une enquête Gallup effectuée une semaine après les attentats montre que 64 % des Américains considèrent la religion comme «très importante» dans leur vie contre 57 % un mois plus tôt. Selon Émile Frische, responsable à l’archevêché catholique de New York, l’état de choc consécutif aux attaques et l’anxiété concernant l’avenir ont provoqué un «réveil» sprirituel chez les Américains de toutes religions. Sur 285 millions d’habitants, les États-Unis comptent 159 millions de chrétiens des différents cultes, 5,8 millions de juifs et trois millions de musulmans. «La question “Pourquoi, comment Dieu a pu permettre une telle horreur ?” est sur toutes les lèvres, ajoute M. Frische. Tout le monde regarde autour, mais les gens découvrent aussi en eux-mêmes que Dieu est nécessaire à leur vie». Mais les attentats, qui ont fait environ 5 500 morts et disparus, ont aussi suscité chez certains un rejet viscéral de la religion. Un prêtre catholique a récemment expliqué à la télévision que des pompiers de New York City, qui fouillent les décombres à la recherche de restes humains, refusent désormais de communier. «Les gens luttent avec leurs propres sentiments spirituels et ceux qui se sont détournés de Dieu sont en colère», explique M. Tambasco. M. Iqbal va dans le même sens, ajoutant toutefois que certains musulmans délaissent leur religion de peur de se faire remarquer. «Des gens allant à la mosquée ont été ennuyés par le FBI, ajoute-t-il. Je pense que c’est contraire aux principes fondamentaux de ce pays».
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