Les enquêtes des gendarmes boursiers de plusieurs pays, concernant d’éventuelles spéculations liées aux attentats du 11 septembre, se poursuivent et s’amplifient même aux États-Unis, sans toutefois que des preuves aient été rendues publiques à ce stade. La Security Exchange Commission (SEC) américaine enquête sur des mouvements suspects concernant au total 38 actions de sociétés cotées aux États-Unis et a demandé dans ce cadre l’aide des autorités boursières canadiennes, a affirmé cette semaine le quotidien Wall Street Journal. Parmi ces sociétés figurent Boeing, Lockeed-Martin, les grandes compagnies aériennes américaines, General Motors, ainsi que plusieurs banques et sociétés d’assurances, parmi lesquelles la française Axa dont les titres sont cotés aux États-Unis sous forme de certificats de dépôts. Les mouvements suspects concernent notamment des ordres de vente à découvert qui permettent à des spéculateurs de profiter d’une baisse anticipée de cours. Le même quotidien a également assuré que les services secrets américains enquêtaient sur des opérations suspectes, effectuées avant le 11 septembre, sur des obligations du Trésor américain à cinq ans. Ils ont été alertés par des courtiers qui ont constaté des opérations inhabituelles sur cette catégorie de titres, dont un ordre atteignant à lui seul cinq milliards de dollars. En Europe, les enquêtes se poursuivent également, avec pour échéance prévisible le rapport que le Comité des régulateurs européens doit rendre le 16 octobre aux ministres de l’Économie et des Finances des Quinze. «Ce rapport doit permettre aux régulateurs d’exprimer les difficultés auxquelles ils sont confrontés dans le cadre de leurs enquêtes», a-t-on expliqué vendredi à la Commission des opérations de Bourse (COB). À ce stade, aucune autorité de surveillance n’a constaté d’irrégularité. «Rien n’indique pour le moment que des personnes qui auraient eu connaissance des attentats avant qu’ils ne soient commis aient exploité ces informations pour effectuer des transactions financières», a souligné jeudi un porte-parole de l’autorité allemande, la BAWe. Ce qui ne signifie pas pour autant l’arrêt des enquêtes. «Je ne peux pas vous apporter de réponses certaines. Mais on ne peut pas dire qu’il ne s’est rien passé et nous devons poursuivre les enquêtes», a déclaré mercredi le directeur français du Trésor Jean-Pierre Jouyet. La COB française enquête sur «moins d’une dizaine de titres», parmi lesquels Axa, LVMH (luxe) et EADS (aéronautique), et est remontée dans ses recherches jusque deux semaines avant les attentats. La question, à laquelle les gendarmes boursiers doivent répondre, est de savoir si les variations inhabituelles de cours constituent des délits d’initiés ou si elles s’expliquent plus classiquement par des notes d’analystes ou des anticipations de mauvais résultats. Aux États-Unis, les opérations sur les bons américains à cinq ans s’étaient intensifiées dans les jours précédant les attentats, en raison de mauvaises statistiques du chômage publiées le 7 septembre, selon le WSJ. Il n’est pas non plus exclu que les spéculations à la baisse constatées sur des titres de compagnies aériennes (American et United Airlines) ou de banques d’affaires (Morgan Stanley), toutes sociétés fortement touchées par les attentats, aient correspondu à des anticipations de mauvais résultats. Reste que l’inquiétude n’est pas dissipée : selon l’agence Kyodo, le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi a annoncé hier étudier des mesures pour empêcher les organisations terroristes de gagner de l’argent grâce aux contrats à terme sur les marchés financiers.
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