La population de l’Ouzbékistan craint un afflux de réfugiés afghans qui, franchissant le pont de l’Amitié reliant l’Afghanistan à cette ex-république soviétique, contribueraient à y propager, selon elle, l’extrémisme religieux. Fuyant la milice islamiste intégriste des taliban, au pouvoir à Kaboul depuis 1996, Zainab Nain, 42 ans, faisait partie de l’un des derniers groupes d’Afghans à pouvoir franchir ce pont sur l’Amou-Daria, fermé en 1997, pour gagner l’Ouzbékistan. Elle craint aujourd’hui, à l’instar de la population ouzbèke, l’arrivée massive de réfugiés afghans que ne manquerait pas de provoquer une opération militaire contre les taliban, accusés d’abriter le milliardaire d’origine séoudienne Oussama Ben Laden, le principal suspect des attentats du 11 septembre aux États-Unis. «Nous ne voulons pas de réfugiés parce que des combattants et des trafiquants d’héroïne vont se mêler à eux», dit Nadejda, 50 ans, une vendeuse de pain dans la localité de Termez. «Ce ne seront pas des gens bien qui viendront ici, mais des taliban qui chercheront un endroit pour se cacher», renchérit Chafhat, 41 ans, vendeur dans un marché de cette ville, située à environ 130 km de la frontière afghane. Selon le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’Onu, quelque 1,5 million d’Afghans pourraient fuir leur pays à la suite d’une attaque américaine et tenter de gagner les pays voisins, le Pakistan, l’Iran et les ex-républiques soviétiques du Tadjikistan, du Turkménistan et de l’Ouzbékistan. Un responsable de l’Onu à Tachkent a toutefois indiqué sous couvert d’anonymat que les Afghans allaient sans doute choisir de fuir vers le Pakistan ou l’Iran, plutôt que vers l’Ouzbékistan. Mais l’Iran, qui accueille déjà deux millions de réfugiés afghans, a indiqué qu’il maintiendrait fermée sa frontière avec l’Afghanistan tout en aidant les réfugiés dans des camps installés sur le territoire afghan. «Nous ne nous attendons pas à un afflux important de réfugiés car les Afghans savent que la frontière avec l’Ouzbékistan est fermée depuis longtemps», a affirmé ce responsable. «Il n’y a en outre pas encore de réfugiés massés à la frontière ouzbèke», comme c’est le cas pour le Tadjikistan et le Pakistan, a-t-il ajouté. La frontière avec l’Afghanistan avait été fermée en 1997 alors que la milice des taliban (étudiants en théologie) s’approchait de Mazar-i-Sharif, qui était l’un des bastions de l’opposition aux taliban dans le nord du pays. Cette mesure visait aussi à empêcher le passage des trafiquants de drogue en provenance de l’Afghanistan, le premier producteur d’opium au monde. L’Ouzbékistan, qui est lui-même menacé par une montée du fondamentalisme religieux, a offert, avec l’accord de Moscou, ses aérodromes et son espace aérien aux États-Unis en vue d’une opération en Afghanistan.
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