Les attentats du 11 septembre aux États-Unis et la solidarité qui s’est exprimée depuis semblent avoir mis entre parenthèses en France un antiaméricanisme touchant traditionnellement aussi bien la droite que la gauche. C’est ce que laissent entendre un sondage Ipsos pour l’hebdomaire français Le Point et de la radio économique BFM publié cette semaine et les propos de deux ambassadeurs de États-Unis en France, l’actuel et son prédécesseur. Cet antiaméricanisme est récurrent depuis la Seconde Guerre mondiale dans un pays autrefois à vocation universaliste mais devenu au fil des ans une puissance moyenne confrontée à ce que le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine appelle «l’hyperpuissance» américaine. Il n’a pas disparu. Les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone n’ont pas éliminé les critiques contre «l’ami américain» venu libérer le vieux continent du joug nazi en 1944. Selon un sondage paru jeudi, 75 % des Français pensent que la politique étrangère américaine porte une responsabilité dans la montée du fanatisme islamique, contre 21 % qui pensent le contraire. 51 % des personnes sondées estiment par ailleurs qu’en politique étrangère, la France doit garder ses distances avec les États-Unis (contre 42 % qui pensent le contraire). Sur plusieurs dossiers sensibles, en particulier le conflit israélo-palestinien, Paris et Washington n’ont toujours pas la même approche. De même pour ce qui est de la politique à mener envers ceux que les États-Unis qualifient d’«États voyous», notamment l’Irak. Les critiques contre la «mondialisation» incarnée par les États-Unis ont aussi trouvé un certain écho en France, en particulier par la voix du dirigeant paysan José Bové, qui s’est toutefois toujours défendu, comme d’autres responsables antimondialisation français, d’être antiaméricain. Ces critiques ont été mises en sourdine depuis les attentats de New York et Washington, selon l’ancien ambassadeur américain Felix Rohatyn qui estime que «l’attitude de la France a changé» depuis le 11 septembre. Dans une interview au Point, ce proche de l’ancien président Bill Clinton juge que «les sentiments antiaméricains (...) sont circonscrits aux milieux intellectuels parisiens, de droite comme de gauche, qui mélangent lutte contre la mondialisation et sentiment antiaméricain». «La plupart des Français sont solidaires des Américains parce que nous avons un ennemi commun», estime M. Rohatyn. Cette solidarité se traduit en particulier dans la volonté d’une majorité de l’opinion française de venir au secours de la puissante Amérique. Plus de six Français sur dix (63 %) sont en effet, selon ce sondage, «favorables» à la participation de la France à une action militaire américaine, alors que 34 % y sont plutôt ou tout à fait opposés. Ces démonstrations françaises de soutien ont frappé le nouvel ambassadeur des États-Unis à Paris, Howard Leach, un milliardaire californien ami du président George W. Bush. M. Leach a estimé que «la réponse du gouvernement français a été absolument merveilleuse». «Cela a été une démonstration enthousiasmante d’amitié et de solidarité. L’ambassade et les consulats ont reçu des milliers de lettres amicales d’enfants des écoles. Nous avons été inondés de télégrammes, des bougies ont été déposées devant nos bâtiments diplomatiques, des gens nous ont proposé leur maison», a souligné M. Leach. «Je crois que la France va continuer à nous soutenir parce que le combat contre le terrorisme est dans l’intérêt du peuple français et parce que la France et l’Amérique sont les plus anciennes alliées de l’histoire», a souligné le diplomate américain pour lequel la relation franco-américaine traditionnellement qualifiée d’«amour-haine» s’explique par le fait que «nous nous ressemblons trop».
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